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 Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées

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Saulz
Guerrier tragique
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 12 Mar à 14:56

-

- « Tu sais cher frère, la télépathie n’est guère inutile !

- La quoi ! ?

- La télépathie. C'est une excellente façon de communiquer sans que mot ne se dise, semblable à un dialogue d'âme à âme.

- J'ignore encore une grande partie de mes pouvoirs. J'en appris l'existence cette nuit, souviens-toi !

- Vrai, je te le concède. Que me voulais-tu ?

- Je veux savoir s'il t'était possible d'orienter ma fugue. Je veux fuir Celtaiy, mais le monde extérieur ne m'est encore qu'un sombre inconnu. Si les Élinsces ont exploré le monde, peut-être que je pourrais consulter des cartes de leur création ? De plus, je crains que l’on m’ait pris en filature pour ces quelques petits objets que j’empruntai à un ami …

- Emprunter … voler serait plutôt le mot juste ! … mais, si tu n’avais guère voulu éveiller le moindre soupçon, pourquoi ne tentas-tu pas l’évocation du silence ?

- L’évocation du silence ? Dis-je éberlué.

- Oui, celle écrite sur ces papiers que tu “empruntas” à père. Je le sais, je les ai vus avant d’apparaître à toi !

- Peut-être … mais cessons de discuter, je dois sauver ma peau et fuir vers autre patrie ! Répliquais-je pris d’anxiété.

- Sache que je ne suis pas ta bonne fée marraine, dit-elle d'un ton rieur, mais je vais bien t'aider un peu. Il te serait bonne chose de faire un léger détour vers un repère élinscique. Tu y trouveras l'information que tu cherches et que tu dois savoir sur ta nouvelle existence. Poursuis ton chemin et pénètre dans la prochaine église que tu croiseras. De là, tu pourras accéder à notre cité secrète.

- Merci ! Merci beaucoup !

- Trêves de bavardages et poursuit ta route si tu veux un jour quitter cette ville ! »

Je marchai ainsi longuement, mon trajet concordant avec le voyage quotidien de ce cher Soleil dans la jungle céleste. Ladite église pointa enfin son clocher. J'accourus, ralenti par mon lourd sac sur les épaules. Je pénétrai en ces lieux, essoufflé par ma course, en y retrouvant cette mystérieuse sœur. Elle me fit signe de garder silence et me prit par le bras. Elle me mena au centre de l'unique pièce, sur une rosace identique à l'effigie présente sur le dos de nos mains. Une intense lumière aveuglante s'évada par les traits parcourant la gravure située sous nos pieds, créant ainsi un épais mur lumineux. Lorsque celle-ci eut complété son évasion, j’atterris dans un vaste endroit inconnu, aussi mystérieux que cette culture élinscique à laquelle je m’initiais lentement . Je me retrouvai avec Heleyn sur un îlot flottant au-dessus d'une brune abordant les mêmes couleurs que l'habit de ma compagne, une nébulosité riche en couleurs où les contrastes s’harmonisaient à perfection. Plusieurs personnes filaient dans ce brouillard mystique, courant sur l’air en transportant divers manuscrits. Ma sœur prit son envol et rattrapa un de ses mystiques et tous deux se perdirent dans les nuages. J'attendis quelques instants, observant cet étrange paysage. Où étais-je ? Qu'était ce lieu hors du commun, cet endroit magique et enchanteur m’intrigant au plus haut point ? J'aurais tant aimé en savoir davantage sur ce mystérieux peuple, mais ma connaissance demeura minimale, se fondant sur ce peu de vérité que ma sœur eut la gratitude de me divulguer. L’érudite m'informa de mes véritables origines, mais pas la moindre ligne de plus. Elle n'eut qu'agrandi mon appétit pour ce savoir, me laissant dans une atroce famine, dans la plus docte ignorance sur mes racines. Je ne connaissais rien encore sur ces énigmatiques sages jouant des ficelles de l’humanité ! Pourquoi ne m'avait-elle rien dit ?

Ma sœur réapparut, écartant du revers de la main les brumeux rideaux de translucidité. Elle me donna quelques documents et, au moment où j'ouvris la bouche pour lui demander des précisions sur ce peuple et ce lieu étrange, l'îlot disparût. Je fus littéralement plongé dans le vide. Je hurlai d'effroi, je descendis à une vitesse faramineuse, en totale chute libre dans la nébulosité. Je traversai un anneau lumineux abordant la symbolique élinscique et fus absorbé par cette aveuglante lumière. Je me retrouvai incompréhensiblement debout, au centre de la rosace de l'église avec les mêmes documents dans les mains. Je tombai pourtant de haut, comment se faisait-il que je ne fusse point blessé ? [...]

Je terminai ces inutiles questionnements et je jetai un oeil sur les textes. Il s'agissait effectivement d'une carte géographique et d'un bouquin contenant l'histoire complète des incontestables croyances dont elle me parla plus tôt. Au moins, elle répondit à mes désirs. Cependant, tant de mystères ne s’élucidèrent guère. En dépit d’acquérir un inestimable savoir sur mes racines, je m’initiai à la mythologie de notre univers par le biais de la lecture, chaque paragraphe me dévoilant une parcelle de vérité que même les esprits les plus logiques et raffinés n’auraient pu machiner et imaginer. Le cours des pages me révélait quelque peu le caractère indescriptible des dieux, ces tempéraments capables de passer de l’hostilité la plus hargneuse et redoutable à la clémence et la béatitude que seuls les divins pouvaient faire preuve. Je parcourus les chapitres avec fascination, découvrant cette magie surnaturelle qui gouvernait nos contrées, ces théories et ces croyances coordonnant les lointains domaines de ces terres, ces fiefs et ces manoirs que mes désirs aventuriers allaient m’exposer sous leur gré. J'entrepris la lecture de ces documents durant une partie de la nuit jusqu'à ce que le sommeil me gagne. Je m’écroulai au sol, étreignant ces précieux parchemins me révélant la féerie de cet univers qui me fit si longtemps cauchemarder.

* * *

Une voix me fit sursauter. Le prêtre local entra dans l'église et demanda les causes de ma présence. Je me levai, pris mon sac et quittai à toute hâte le temple, provoquant la cacophonie des objets métalliques de mon bagage se heurtant entre eux en laissant une image suspecte de moi-même dans l'esprit de ce curé. Je ne lui fournis aucunement réponse, filant hors des lieux pour me perdre dans les dédales de l’immense cité. Je me retrouvai sous des cieux abordant un visage plus sombre que celui des derniers jours, la grisaille présageant averses et grondements célestes. Je continuai ma route vers la sortie, arpentant les allées en quête de ces portes qui s’ouvriraient à l’éternelle liberté que je me mourrais d’expérimenter en réfléchissant à mes lectures de la veille. [...]Après avoir scruté les maintes lignes de ces imprimés et suite à de vigoureux raisonnements, j’orientai mon aventure vers la forêt de Froyb, domaine des elfes et berceau de la nature que je désirais tant joindre. En ces terres où la vie jaillissait de toute part, mon émerveillement ne connaîtrait jamais lendemain et les mœurs elfiques concorderaient avec cette lignée que devait emprunter ma destinée. Bien que je méconnaissais affreusement ce peuple, la vision que j’eus de ces forestiers correspondait à l’image d’une sauvage et rustique noblesse baignant dans la sylvestre luxure et les guerriers s’approchaient grandement du courage et la valeur que j’aspirais à tant faire preuve. Mon bonheur se trouvait à Froyb, j’en eus prémonition.

Après deux longs jours de marche, je parvins enfin à la barrière séparant la ville de Celtaiy et la vaste terre que je voulais tant explorer. Finalement, j’allais m’évader de cette gigantesque cité où s’accumulèrent mes malheurs et mes insuccès sans jamais y remettre le pied, sans jamais me replonger dans ces honteux souvenirs dont la simple évocation me couvrait de honte et d’amertume. J'opérai sous le couvert de ténèbres pour franchir cette herse m’ouvrant aux sols vierges de mon pied. Je me concentrai sur mes origines élinsciques et le sceau de ce peuple se manifesta dans toute sa luminosité. La grille s'ouvrit à moi, sans un bruit, en harmonie avec la quiétude de la nuit. L’euphorie que je ressentis en cet instant était indescriptible, d'une intensité incommensurable que ma vive frénésie m’empêchait de déclarer. Je franchis ce seuil d'un pas décidé, sans regarder derrière moi. Cette imposante grille se referma aussitôt, toujours dans le même silence. Je poussai fébrilement un soupir de soulagement, ma fuite s'étant déroulée à merveille.[...]

Je restai près de ces insupportables murailles pour la nuit qui coupaient tout de même la froide brise des terres sauvages. À l'extérieur de la cité, le vent se manifestait plus énergiquement et sans porter ces horribles odeurs régnant entre ces murs . La température semblait d'ailleurs beaucoup plus fraîche qu'à l'intérieur de l'enclot de pierre. Je longeai le mur et je m'accroupis sous de petits buissons, gagnant ainsi le confort nécessaire. Je saisis mon lourd sac et le plaçai par-dessus moi, obtenant un soupçon de chaleur qui permit au sommeil de conquérir mon corps et de me ravitailler de cette énergie que l’émotion me fit dilapider.

* * *

Mon sommeil se rompit de lui-même. Je restai tapi dans les buissons en dégustant pour la première fois une fraction de mes provisions. Après ce bref repas improvisé, je me gâtai. Vu que la ville ne me retenait plus dans ces griffes et que j’étais enfin libre, je profitai de l'occasion pour revêtir l'équipement séjournant dans mon sac depuis quelques jours. La lourdeur de ces protections me surprit, bien que je les eus trimballées tout ce temps. Heureusement que Seirk était seulement un peu plus grand que moi ; sa cottes de mailles et sa tunique m’allaient presque parfaitement. Je ne pouvais m'attendre à mieux vu que cet avorton était plus costaud que moi. Dommage que je ne trouvai point de miroir, j'aurais bien voulu y contempler mon reflet, cette fière allure que j’avais en ces habits chevaleresques. Je ne pouvais croire que je portais un équipement de militaire d’une fausse foi, un équipement qui m'appartenait, à moi et moi seul, moi, cet incapable qui ne put se montrer digne de le recevoir. Je complétai le tout par l'incontournable épée que je levai bien haut pour conclure la transformation, pour confirmer mon statut de chevalier, statut émergé de ma vision personnelle des choses. Voilà, je venais d’ajouter la touche finale de ma renaissance, de ma fantasmagorique naissance épique. Mon rêve se réalisa enfin malgré les si nombreuses oppositions, surtout celles faîtes par père. Je sentais un sang nouveau couler dans mes veines, le sang du noble combattant. Cette liberté dont je jouissais ne me donnait pas exactement la définition établie et normative du chevalier, mais plutôt celle d'un combattant rebelle. Au diable le dictionnaire, j’étais chevalier à ma façon, dans ma réalité, et rien ni personne ne m'en ferait sortir.

En cet instant magique, je pensai au futur. Peut-être qu'un jour cette armure m'irait comme un gant, même être trop serrée. Je désirais me renforcer, gagner cette puissance physique faisant la vanité et l’orgueil des hommes. Je fus tant humilié de ma faiblesse dans le passé que la force devint une des choses que je cherchais à acquérir plus que tout durant ma quête. Je voulais, dans ma nouvelle vie avec les elfes, être perçu comme un puissant et courageux guerrier capable de récolter une pluie d'honneurs et non être vu comme une nullité en armure. [...] Je repris mon sac, armé de ma précieuse et inséparable épée, et partis vers ce lieu inconnu qu'était la forêt de Froyb, lieu où m’attendaient impatiemment ces aventures où mon courage et ma détermination allaient forger cette gloire que je souhaitais tant connaître.


Dernière édition par le Sam 24 Mar à 14:51, édité 1 fois
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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 12 Mar à 16:33

Encore une fois, je tiens à te féliciter. J'adore ton histoire, et il me tarde vraiment de lire la suite. Je suis conquise à ta cause..... Enfin, voilà encore quelques petites corrections qui j'espère t'aident....


Citation :
Je sortis de sous mon lit un grand sac solidement tissé conçu pour les expéditions des prestigieux explorateurs et il devint mon allié pour mon perpétuel voyage futur.

"Mon perpétuel voyage futur." Je trouve que cette phrase est lourde. Son futur voyage ok, mais comment sait-il qu'il va durer indéfiniment ?? C'est bien dans ce sens que tu as utiliseé cet adjectif ??

Citation :
Le succès le corrompit, son orgueil de se gonfla pour atteindre des proportions aussi titanesques que mon adversaire lors de ce même combat

"Son orgueil gonfla...." tout court....

Citation :
Mon sac se remplit de toutes choses indispensables à mon excursion, ces virtuailles qui surent rassasier mon appétit alors que j’explorais avec émerveillement la vaste étendue des plaines et des forêts. Je pouvais ainsi survivre pendant une lune et peut-être même davantage

Je pense que là tu devrais utiliser le futur tout simplement :
".... ces victuailles qui sauraient rassasier mon appétit alors que j'explorerais avec émerveillement....... Je pourrais ainsi survivre...."

Citation :
De plus, je crains que l’on m’ait pris en filature pour ces quelques petits objets que j’empruntai à un ami …

"... que j'ai emprunté à un ami..." Je trouve que ça sonne mieux.

Citation :
et les guerriers s’approchaient grandement du courage et la valeur que je aspirais à tant faire preuve.

".... que j'aspirais tant à faire preuve."

Citation :
Après ce bref repas improvisé, je me gâtai

"...je me hâtai." Non, c'est pas ça ?
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Azariah
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 12 Mar à 20:03

Allez enchaîne, on poireaute là !!!

mode amphi off

désolé. Je me demande bien quelles critiques je pourrais formuler à par les rares qui ont été formulées pour corriger des détails... tu dois lire, ce qui fait toute la différence entre nous. Heureusement que tu es là, je trouve le petit plus d'inspiration qui me manquait pour corriger et compléter mon propre roman.

Wink
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Sam 17 Mar à 15:23

Citation :
... tu dois lire, ce qui fait toute la différence entre nous.

eusa1 Je suis toujours embarrassé de le dire mais ... je lis très peu ... excessivement peu en comparaison avec plusieurs personnes que je connais et qui écrivent eux aussi. Je crois que je peux compter facilment avec mes narines le nombre de livres que j'ai lu pour mon simple plaisir dans les 5 dernières années. Ça se résume à ceux que nous devions lire à l'école. Peut-être est-ce tous ces extrais de textes du 18eme siècles que nous avons lu en classe qui aisa à forger ma prose ? Aussi dois-je dire que je retravaille beaucoup mon texte. Mon inspiration vient beaucoup des jeux vidéos, de la musique et des cartes magics, à défaut de venir par la lecture.

Content de voir que mes écrits peuvent t'inspirer Azariah ! Very Happy

Voici le chapitre 6. Ça commence à devenir galère de poster, je dois couper et couper mon texte pour qu'il puisse entrer en 2 post ou trois...Désolé si j'ai chopé la moitié des descriptions hos1 Ça passe en trois posts... J'ai coupé le tiers du texte. J'espère que cela ne dérangera pas trop la lecture ...
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Chapitre 6
Creld et Froyb


Ma longue et fastidieuse expédition vers cette forêt eut enfin débuté. J'aurais dû aussi voler le cheval de Seirk ! Les distances s’avérèrent plus grandes que je ne l’eus imaginé. Après une semaine de marche intensive, je n'étais toujours point arrivé à destination. Je pris un jour de congé, les muscles endoloris par le travail soutenu auquel je les soumettais; je n'étais plus vraiment en état de marcher. Cependant, je me trouvais au pied d'une colline qui s'élevait à assez bonne altitude. Encore un peu de courage et de détermination, je me devais de la grimper pour ensuite pouvoir voir clairement ma position. Je l'escaladai, malgré la souffrance que chaque pas infligeait à mes jambes, totalement paralysées par les lancinations, par cet effort surhumain que je devais fournir à chaque mouvement. […]

De là, je pus enfin apercevoir la forêt de Froyb, étendue au loin, au nord-est, l’infinité d’une mosaïque de teintes émeraude dressées par la cime des arbres que le vent bousculait allégrement. Conifères et feuillus cohabitaient, se partageant ces terres fertiles pour y abriter ces quelques oiseux que j’observais voltiger au-dessus de cette demeure branchue. Cette forêt, cette luxuriante forêt ne m’incitait qu’à la parcourir à pas de course, à dévaler les sentiers se traçant aléatoirement entre ces géants feuillus pour inhaler ces parfums de la nature et voir défiler ces beautés inapprivoisées qu’étaient les fleurs indigènes. Ce domaine d’Ofreyl bourgeonnait de vitalité et invitait ces esprits démunis des splendeurs primitives comme moi à se laisser emmitoufler de ce couvert de verdure s’étalant à perte de vue, à dévorer du regard ces oeuvres naturelles pour y apaiser un inassouvissable appétit de merveilles gratuites que seule la mère forêt savait confectionner avec autant de détails et de minutie […] Je vis aussi quelque chose d'inattendu. La colline se terminait abruptement, se pliant sur elle-même et rampait vers une vallée nommée Creld, selon ma carte. Creld s’inscrivit dans les registres et la pensée commune comme le champ de bataille par excellence, reconnu pour avoir porté en lui les plus grands et les plus sanglants affrontements. Les peuples s’activaient les uns contre les autres, laissant leurs bannières flotter fièrement dans le tumulte des vents. Des cris de ralliement et d’agonie fusaient de toutes parts, composant les mélodies de cette épique tragédie d’éternité dont les broussailles dorées de prairie étaient le théâtre. […] Je crus y reconnaître des elfes, mais aussi ce qui semblait être des anges, des gobelins, et d'étranges créatures émergeant de l'eau, car oui, un fleuve traversait ce champ de bataille. L'Oenphor transperçait ces terres de combat, d'un bleu pur en amont et d'une douteuse couleur en aval, transportant le sang stagnant ruisselant après la pluie et quelques cadavres ou restes biologiques au passage. J'ignorais où se déversait ce cours d'eau, mais je préférais ne pas le savoir. Durant ce congé nécessaire, j'observai les divers peuples s'affronter acharnement les uns contre les autres, se trucider de toutes leurs ardeurs. Cela me divertit amplement et me permit de reprendre mes forces, de somnoler suffisamment et de me nourrir pour regagner mes énergies. Je n’effectuai rien d’autre que de contempler ces scènes guerrières que l’on jouait devant mes yeux fascinés et j’économisais mes efforts pour ces longs jours de marche qui m’attendaient.

Le lendemain, je poursuivis mon épopée. Une lune mourut avant que j'eusse atteint la fameuse forêt. […] Je continuai à avancer dans la forêt, m’enfoncer dans ces abysses verdoyants ou chaque jour me révélait de nouveaux secrets. Pour la première fois, je rencontrai enfin des elfes. J'obtins confirmation de l'efficacité de mes talents de camouflage, m’intégrant aux paysages forestiers sans attirer le moindre regard. Jamais je ne m’imaginai me montrer si habile pour l'art de la dissimulation. Peut-être que mes racines élinsciques me prodiguaient cette faculté des plus utiles ? Certes, je remarquai que deux de ces êtres inspectaient les environs toujours à la même période de la journée, telle une ronde, un tour de garde diurne. Malgré tous ces jours d'observation écoulés, je crus ne pas avoir éveillé de soupçons chez aucun d'eux, me fondre parfaitement en ce boisé et ne paraître guère plus remarquable d’une simple fougère ou un vulgaire pigeon. J'observai attentivement ces sentinelles quotidiennement, calquant lentement leur apparence physique. Mes traits se modifièrent indolemment pour emprunter les leurs. Ma peau blafarde fonça légèrement, abordant des teintes plus verdâtres et brunâtres dignes de la forêt qui m’eut si gentiment accueilli. Mes oreilles s’allongèrent un peu, perdant leur rondeur pour laisser place à un angle pointu se formant à l’arrière. Je constatai ces modifications lors de ma collecte d'eau à un petit lac calme à proximité qui se transformait en miroir lorsque le vent sommeillait. Pour la première fois depuis ma fuite, je pus y voir mon reflet. Comme j'avais fière allure dans cet équipement chevaleresque ! […]

Ma première rencontre arriva en un matin où la pleine lune s’effaçait lentement du ciel. Je tombai sur une étrange résidence, une mystérieuse maison constituée de grandes pierres plates, d'arbres et de boue séchée, une rustique bicoque qui semblait avoir été éjectée du sol même. Bon nombre de fleurs sauvages en formaient la plate-bande naturelle, m’étonnant de dénicher pareille diversité et pareille magnificence en un tel lieu. Un interminable lierre eut envahi la structure, lui donnant un excellent camouflage sous couvert de feuillage. Devant la grossière demeure se trouvaient quelques bûches cramées, leurs grises cendres engraissant la nourricière terre alors qu’à droite, entre le toit et un immense pin, se tendait une corde où l’on y tannait une peau. Piqué par la curiosité, je m’approchai du tout et vis un homme d’âge mûr émerger de l’agreste habitation, ce semblant de bloc erratique que le temps eut modelé à sa façon. Sous ses longs cheveux poudrés de cette blancheur de vieillesse, il me regardait d’un serein regard, calme comme tout. Il devait s’inclure dans ceux tentant de ne faire qu’un avec la nature… et son visage réussit parfaitement cette tâche, aussi crevassé et bosselé que l’écorce du conifère lui tenant compagnie. Sa barbe allongée et son interminable chevelure retombaient de sa figure usée telles les branches sèches des saules pleureurs. Sa tenue m’intriguait, semblable un peu à ma tunique, à la différence que la sienne se constituait de peaux de bêtes, probablement d’ours et de loup au poil assez fourni. L’habit ne me dégoûtait guère, mais nul couturier n’aurait voulu y apposer son nom tellement les pièces de fourrure étaient inélégamment agencées. Au-dessous se dévoilèrent ses pieds poilus chaussés de sandales enlaidies par l’excessive usure, les lanières de mauvais cuir n’ayant guère la beauté et la classe de celui de mes gants et bottes fraîchement acquis. Des manches mal découpées émergeaient de minces bras velus, ces faibles bras similaires à ceux des inaptes à manier l’épée. Je longeai celui de droite, croisant un bandage blanchâtre où s’incrustaient les poussières de la terre, poursuivant, tombant sur un grêle bracelet de six griffes reliées par une retaille d’étoffe de lin. Au bout du membre se tenait un grand bâton de bois agilement sculpté, prisonnier de la poigne ferme de son propriétaire. Si ce sauvage savait parfaitement déplaire au premier coup d’oeil, il en était le contraire pour son sceptre de seigneur des forêts. D’une essence claire, son sommet illustrait une dryade incarnée dans un arbre, ses cheveux branchus portant ou portés par les oiseaux alors que lierres et feuilles en composaient la robe. Il le leva un peu, le pointant en ma direction et il récita quelques murmures dans un langage ne m'étant point familier. Étonnement, je fus capable de les déchiffrer et d'en retirer facilement le sens.

-« Salutation à vous solitaire chevalier !

- Bonjour !? » répondis-je insécurement dans un dialecte identique, du moins je l'espérais. Il sembla avoir compris mes paroles et ré-entreprit la conversation.

- « Vous ne semblez pas familier avec la langue malgré vos traits elfiques.

- He... »

L'étranger, voyant que je ne lui donnai point de réponse, leva son sceptre de bois et marmonna quelques paroles confuses. Je reculai d'un pas, dans l'ignorance de ses intentions. Aussitôt, la marque des Élinsces émergea à nouveau du dos de ma main et à mon grand étonnement, le même symbole apparut sur sa main droite. Tous deux déclarâmes, d'un synchronisme involontaire :

-« Vous êtes un Élinsce !!! »

Le dialogue reprit son cours, l'étranger emboîtant le pas.

-« Je pense que je ne vis jamais d’Élinsce autre que moi dans la forêt. D'où venez-vous ?

- De Celtaiy, une immense ville à une trentaine de jours d'ici

- Heureux de faire votre connaissance. Que me vaut l’honneur de votre visite à Froyb, élinscique chevalier ?

- Vu que mon rêve ne put se réaliser à Celtaiy, j'ai décidé de fuir. Dis-je d'un ton teinté de fierté et de désolation

- Votre rêve étant...

- De combattre au sein d'une légion !

- Le combat, vous rêvez de combattre ! Dit-il en ricanant. Le combat est la pire chose qu'il est possible de faire, pauvre sot !

- Je suis venu dans la forêt pour combattre et non pour me faire insulter ! Désirez-vous être ma première victime ? »

Je sortis mon épée, prêt à toute confrontation. La prononciation de quelques paroles incongrues fut tout ce qu'il fallut au sage pour que la végétation m’emprisonne, m’enclosant dans une cellule branchue et feuillue. Le bois étreignant mes bras et mes jambes brisait toute tentative de fuite. La constriction qu'exerçaient ces arbres me fit perdre emprise sur mon arme qui tomba dans le sol boueux. Alors que la rage m’encourageait à poursuivre ces débattements acharnés qui s’avéraient des plus vains, le mage continua ses propos.

-« La force est inutile si vous ne savez en faire usage. Le combat est une des erreurs de la nature. Comment peut-on désirer la mort d'autrui ?

- Dans des situations comme la mienne, vous le sauriez !

- Calmez-vous, je ne veux guère vous faire du mal. Vous aviez juste besoin d'être neutralisé. Pourquoi cherchez-vous à combattre alors que votre sang élinscique vous dote de pouvoirs magiques que si peu de mortels possèdent ?

- Ne pas savoir s'en servir est un assez bon argument. Dis-je d'un sarcasme extrême et cassant.

- Vous avez seulement besoin d'un bon maître…

- Mon maître épique, Krob, est fort probablement le meilleur maître que ces terres n'aient jamais porté. Ne l'insultez pas !

- Du calme, du calme ! Respirez par le nez cher guerrier ! J’insinue simplement qu’un guide vous serait utile pour développer vos dons de sorcellerie. Je peux vous montrer les secrets de cet art si le cœur vous en dit ! Ainsi pourriez-vous revenir à la raison et considérer cette gaffe que vous commettez à tenter de joindre les armées?

- Commencez par me libérer et nous reparlerons de cela par la suite.

- D'accord, la patiente n'est guère une de vos vertus à ce que je vois. »

Je semblai me replacer dans mon passé. Je redevins apprenti, avec Udrelth comme maître. Mes leçons commencèrent à l'éveil de la nuit, auprès d'un feu artistiquement attisé par le druide. […] J’écoutais ses dires avec attention, tel l’élève en quête d’enseignements ancestraux.


Dernière édition par le Lun 26 Mar à 18:27, édité 2 fois
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Sam 17 Mar à 15:24

- « Pour dire vrai, mon père était élinscique et ma mère elfique. Je suis alors un Élinsce elfique. Les traits de ma mère ayant triomphé sur les caractéristiques de mon père, j'ai obtenu alors une apparence assez elfique. Très tôt, j'ai découvert mon don pour la magie. Les Elfes sont très près de la nature et je n'ai pu qu'apprendre à en faire connaissance. Je pouvais passer des journées entières à contempler des insectes, des fées, admirant la splendeur de chaque être. La nature m'a récompensé de mon écoute envers elle en me dévoilant petit à petit ses secrets. La profession de druide s'offrait à moi les bras ouverts, cette vive passion que je cultivai toute ma vie durant, mais une ombre se dressa au tableau : cette satanée guerre religieuse.

Aussitôt, tous les elfes, dont moi, durent partir vers la vallée de Creld pour y massacrer de nos semblables. Cette expérience me traumatisa à vie. La simple évocation de cet ignoble moment me plonge dans le remords et la crainte, celle de devoir commettre à nouveau pareille barbarie. Jamais je ne pus comprendre la motivation de ces guerriers. Ces adversaires, que tous prétendent dangereux et menaçants, étaient tout de même des créations de la nature. Comment vouloir défendre la nature alors que l'on ose en tuer une partie ? Les troupes savaient que mon usage régulier de cette alchimie naturelle pouvait me rendre menaçant pour le combat. Je dus tenter l'expérience. Armé de mon fidèle bâton, je provoquai l'épanouissement de ronces sur le champ de bataille, près de l'adversaire. Plusieurs gobelins saignèrent abondamment ou perdirent la vision, les rendants des cibles idéales pour mes confrères, oui, mes cons frères. Je le concède, il s’agissait de créatures laides, ignobles, armées, sorte de vermine des montagnes, mais je venais d'aider Dreyvorth à faire des victimes, d'innocentes âmes livrées au royaume de la mort. Je ne pouvais croire que je commis pareil acte, pareille cruauté au nom d’Ofreyl. Je me sentais sale, possédé, hors de moi-même, un monstre qui permit à d’autres d’immoler par les flammes une cohorte d’êtres vivants. Leurs complaintes résonnent encore dans mes cauchemars, je les vois encore, périr lentement en vociférant cette atroce douleur que mes actes et ceux de mes confrères leur fit expérimenter pour la seule et unique fois de leur triste existence. Ce n'était pas moi, jamais je n’eus tué auparavant et plus jamais je ne tuai. La guerre me laissa un goût amer en bouche et encore je cherche à m’en départir.

Moi aussi, je quittai ma patrie pour vivre ici en ermite, depuis maintenant une quinzaine d'années. Depuis ce jour, je ne fais que défendre la nature, l'aider à prendre son expansion et pour les bonnes causes. Je tente de recréer sa beauté, je configure des plates-bandes sauvages brillantes de mille éclats. Je sais, peut-être est-ce un non-sens de dire que je ne voulais plus tuer alors que je porte des peaux d'animaux et que je dois moi aussi vivre. Je n'enlève la vie qu'aux créatures indignes de l'avoir reçu, attaquant des familles de petites bêtes ou encore détruisant Froyb par pure malice. Parfois aussi, j'abrège la souffrance des victimes de ces brutes inconscientes. Je tue peu, mais je tue pour les bonnes causes. La nature est merveilleuse, mais elle commet parfois des erreurs. »

Ses propos étaient d'un pacifisme aberrant. Sa vision de la vie divergeait totalement de la mienne. Je ne savais point comment percevoir Udrelth, hésitant entre un ancien guerrier métamorphosé en un philosophe des lieux sauvages ou un des plus sombres crétins que cette terre n'ait jamais portés, renonçant aux honneurs pour de stupides questions éthiques. Quel imbécile ! Il se désista de la gloire de la carrière militaire parce qu’il ne pouvait tolérer de voir le sang de l’ennemi couler ! N’existait-il rien de plus gratifiant et agréable que d’être aspergé des chairs de l’adversaire si vaillamment éviscéré ? J’ignorais comment ce taré fut éduqué, mais j’aurais bien dû lui inculquer quelques valeurs qui en auraient bâti la renommée.

Peu importe, je me pliai à sa vision pour recevoir ces enseignements. Je dus me repentir et me départir de mon précieux équipement de chevalier pour me rapprocher de l'environnement. S'il croyait réellement que j'allais me débarrasser de ma plus chère possession pour son simple plaisir, il se trompait royalement ! Durant une séance de cueillette, j'en profitai pour enterrer mon butin dans mon sac au pied d'un arbre surdimensionné, drainant les forces de toute plantule tentant audacieusement de s'élever à ses pieds. Je marquai le tronc à l'aide du seul outil que je pus conserver : ma dague de rasage. J'y gravai l'élinscique symbole entrecoupé de la première lettre de mon nom. Dans peu de temps, je retrouverais ce trésor et j’allais savourer ce triomphe que ce niais rejeta abjectement.

Avant de pouvoir manier la vie sous mes ordres, je me devais de comprendre et d'assimiler en mon cerveau les mécanismes naturels, cette multitude de lois et de principes régissant l’ofreylique domaine. Je m'étendis au sol, appuyé sur mes coudes, et je laissai la nature faire son spectacle. […] En ces jours d'apprentissage, j'eus l'occasion de rencontrer un de ces indignes êtres errant dans la nature dont le druide me parla auparavant. Une longue et mystérieuse créature nommée serpent étrangla un chétif petit lapinot sous mes yeux, sillonnant sournoisement le sol afin de surprendre l’innocente bête, grimpant le long de son corps pour y resserrer ses anneaux. Je contemplai ces actes, sans intervenir. Je voulais voir le prédateur à l'action, abordant ce sadisme inconscient qui horripilait mon maître. La scène ne fut pas déplaisante, sauf pour l'impuissante proie qui trépassa dans la plus atroce suffocation, la mortelle étreinte lui exorbitant les yeux au cœur d’un débattement des plus désespérés. Ce serpent capta mon attention et hanta mes pensées durant la nuit alors que je chassais le sommeil étendu sur mon lit de feuillage. […]

Après ces lunes de théories passives et d'une inactivité démotivante, le moment que j'attendais tant arriva. Il me montra finalement à faire usage des forces vertes. Il commença par un fastidieux discours de mise en contexte :

-« Maintenant que les divers aspects de la nature n'ont plus de secrets pour toi, je vais te montrer comment lui permettre de prendre de l'expansion. Tu dois d'abord te trouver un bâton digne de lancer des sorts. »

Je dus effectivement trouver un fichu bâton avant d'atteindre ce fameux savoir. Udrelth possédait ce don de me faire languir et de cultiver mon impatiente. Je fracassai alors le tronc d'un arbre frêle d'une essence colorée. Je repris ma dague, qui n'avait point encore servi, et je sculptai ce cadavre végétal au gré de mon inspiration. Je me remémorai ce paysage spectral qu'Heleyn me montra avant de quitter Celtaiy ainsi que ces rares reptiles que je vis durant mon séjour. Le résultat final de mes heures de travail ne put que me transcender de fierté. Un serpent, entortillé sur lui-même, se fondait dans la nébulosité pour constituer mon sceptre de mage. J'entaillai agilement le bois de l'extrémité pour permettre à ce serpent d'exhiber sa tête, avec sa longue et étroite langue oscillante à l'extérieur de sa gueule, mettant aussi ses incisives en valeur. Ma sculpture se révéla d'une magnificence étonnante et je ne me croyais point capable de tels prodiges. Le temps me révélait peu à peu ces talents que j’ignorais, mais qui depuis toujours étaient miens. Je montrai le fruit de mon ouvrage au druide et celui-ci m'apprit enfin comment dompter la nature.

-« En vérité, la nature se plie à tes désirs de création. Tu n'as qu'à viser du regard une cible en pointant ton bâton dans la même direction pour indiquer l'endroit où tu veux faire pousser les végétaux de ton choix. Tu dois ensuite réciter une petite formule elfique, énoncer ces quelques paroles prélude à la manipulation des êtres. Tu pourras créer autant de plantes et d'arbres que tu le désires, mais tu ne peux guère créer de bestioles autres qu'une petite horde d'insectes… et encore ! Tu ne dois pas insulter la création d’Ofreyl, alors tu ne dois créer d’autres animaux. Tu pourras aussi faire apparaître un peu d'eau, un peu de feu et d'autres petits sorts de ce genre, ces outils requis à toute vis en forêt. Voici un livre qui te dira toutes les formules nécessaires à connaître pour contrôler une certaine partie de la nature. Que la rectitude soit maîtresse de tes pensées ! »

Je suivis ses conseils et je m'exerçai un brin. Je commençai par de simplets sorts, de petites et discrètes apparitions. Ma première tentative fit naître une fougère. Bon, c'était un bon début. Je m'entraînai longtemps de la sorte, tentant par tous les moyens de créer diverses plantules plus vigoureuses les unes que les autres. Au bout d'une lune et quelques, je réussis de plus ambitieuses créations. Mon premier arbre vit le jour après plusieurs essais acharnés infructueux. Le temps fila à toute hâte alors que mes talents de druide s’affinèrent progressivement. Après une autre année d'efforts intensifs, je devins enfin capable d'ordonner à la nature mes désirs et ensuite de les voir prendre forme. Udrelth me soutint durant toute cette période, m'aidant à perfectionner ma technique par ces quelques conseils émergeant de cette sagesse qu’il eut acquise au cours des saisons de réclusion et d’observation. Je devins finalement apte à exécuter maintes prouesses créatives et à soumettre la forêt à mes ordres, à mes pieds.

Une de mes oeuvres me surprit par sa magistrale beauté. Je me concentrai longuement et au bout de plusieurs formules semblant si abstraites pour ma logique personnelle, je reproduisis ces extraordinaires fleurs que j’entrevis dans les jardins royaux. Un cercle d'une lumière d'un rarissime vert se montra à l’extrémité de mon bâton, abordant d'étranges symboles inconnus en son pourtour. Il s'en éjecta de longues branches d'une rigidité considérable et d'une souplesse ma foi forte intrigante. Ces tiges se défendaient par de trop nombreuses épines d'une teinte bleutée, blessantes, cruelles et inutiles. Ces branches s'entrecroisèrent à maintes reprises pour créer une masse épaisse et dangereuse, conservant la flexibilité de ses composantes. Quelle arme ! J'exploitai cette plante davantage et j'exécutai de sordides accomplissements. Je m'en servis pour enrouler divers objets, pour voyager d'un arbre à l'autre, usant de ces branchages telle une solide corde incassable. Je ne me piquai point, suspendu à l'origine même de ces renversantes lianes. Je baptisai cette merveille Ausle, j’en fis ma signature personnelle, ma contribution à l’œuvre de la nature. Cette œuvre végétale devint mon orgueil et sa simple vision m’emplissait de fierté que si rarement j’eus.

[Suite sur l'autre page ... ]


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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Sam 17 Mar à 15:25

Udrelth fut étonné du fruit de mes acharnements. Jamais, dit-il, il ne vit pareille plante. Je crois qu'il enviait un peu ma création. Constatant le potentiel de cette création, il m'avisa, de façon alarmée :

-« Errythos, n'utilise pas trop cette plante. Je n'aime pas ses trop nombreuses épines. Laisse-la vivre dans la nature. Je t'en pris, oublie la formule que tu mis au point. Cette plante est splendide, je te le concède, mais elle est trop dangereuse. Libère-la dans la nature, l’éternel équilibre en décidera du sort. »

Était-il fou ? Jamais je ne me départirais de ce trésor ! Je travaillai acharnement pour arriver à ce résultat final, résultat de mes deux ans d'enseignement à ses cotés. Je le regardai dans les yeux et lui promis de laisser cette plante à l'abandon dans la forêt. Il semblait croire à ces mensongères promesses, l'imbécile... Je brûlai la feuille portant en elle la fameuse formule, gardant son double dans le fond de mes bottes improvisées. Je lui pris une épaule et, en défilant ma main en direction de la cime des arbres, entrecroisant les rayons de soleil tamisés par le feuillage de clairière, je lui dis :

-« Je laisserai à la nature la garde du destin de mon oeuvre botanique qu'est l'ausle. Ofreyl décidera de la vertu ou du danger de cette plante. »

Son enseignement venait de prendre fin. Udrelth me suppliait de demeurer à ces côtés pour poursuivre l'épanouissement de nos oeuvres florales. Je restai pour ne pas lui déplaire, mais plutôt dans l’espoir de découvrir davantage de secrets et d’exploiter encore plus vilement cet illuminé pacifiste dont la sagesse pouvait forger ma gloire future. De plus, où allais-je me diriger ? Le désir de pénétrer dans les cités elfiques pour y entamer ma carrière de guerrier était criant dans mes pensées, s'imposant dans mes rêves nocturnes. Cela faisait deux ans que je moisissais sous l’égide de cet utopiste abasourdi de druide. Maintenant, je pouvais appliquer mes dons aux situations de ma vie courante, mais ces deux années m'eurent échappé et je ne pouvais les rattraper ! Il n'était pas question que je stagne en ces lieux d'une absurde rusticité pour le reste de ma vie. Je voulais fuir, mais comme à Celtaiy, je ne savais point vers où porter mes pas. Le questionnement me re-tortura l'esprit, m'empêchant comme toujours d'agir sous le rythme des impulsions. Non, je ne pouvais vagabonder dans la forêt jusqu'au jour de rencontrer peut-être une autre civilisation. Mes cartes s'avérèrent inutiles. Méconnaissant ma position géographique, je ne pouvais point m'orienter! Malheureusement, je dus faire appel à nouveau à ma sœur, continuant à naviguer dans la mer d'incertitude élinscique. Je détestais la convoquer, ces rencontres me fournissaient réponses, mais soulevaient une nouvelle vague d'interrogations dans mon esprit déjà tourmenté et confus.

Durant le règne de la lune, je laissai Udrelth ronfler dans sa caverne humide, entouré de l'insupportable berceuse des échos de ses grincements de sommeil. Je pris le large, affrontant la froideur de la pluie et reformula les mêmes paroles que les fois précédentes pour retrouver ma sœur. Je ne la vis point apparaître mystiquement dans mon champ de vision. Évidemment, je ne me trouvais plus à Celtaiy ! Une conversation d'âme à âme débuta entre moi et Heleyn.

-« Bravo, tu as su faire usage de la télépathie !

- sœur, j'ai encore besoin de ton aide sur le plan géographique.

- les cartes que je t'ai données ne te suffisent pas ?

- non, je ne sais même plus où je suis !

- d'accord, je veux bien t'aider, dit-elle en poussant un léger soupir. »

L'instant d'après, une image se dressa dans le brouillard environnant, caractérisée par l'incertitude des contours et des formes. J'y reconnus ma sœur, néanmoins ses traits. Elle semblait être présente et absente à la fois. Elle me reparla, avec le même ton se distinguant parmi tous par sa gravité. Ma sœur possédait une voix terriblement grave pour une fille, malgré qu'elle conservait la touche de féminité qui en faisait tout le charme.

-« Mais qu'est-ce... ? Dis-je d'une articulation déficiente.

- Ce druide Udrelth connaît l'emplacement de la destination que tu désires atteindre ? »

Avant même que j'ai eu le temps de dire oui, elle continua :

-« Je vais lire un peu dans ses pensées pour trouver la route que tu recherches tant. Je reviens dans peu. »

Elle avança dans le cœur des averses. La pluie semblait transpercer le corps de cette incompréhensible Heleyn. Je recommençai l’inévitable : comment faisait-elle ? Qu'était ce phénomène ? Je vis son illusion pénétrer dans la demeure simplette du druide. Elle en ressortit quelques moments plus tard avec un parchemin dans l'image de sa main. Elle me le remit avec ces froides et austères paroles :

-« Voilà ce que tu voulais. Cette petite feuille émettra de la lumière vers la direction que tu souhaites tant atteindre. Rendu sur place, ce parchemin se dissipera peu à peu. Il sera le compas guidant tes pas. »

[…]

Après l'intolérable intervention nécessaire de ma sœur, je retournai dans la caverne, tentant de dormir dans ces intolérables ronflements. Je dus avoir recours à l'incantation du silence pour retrouver le minimum de tranquillité requis pour trouver refuge dans mes rêves. Le sortilège strangulant ce vacarme nocturne, le sommeil vint me bercer aussitôt, rêvant à ce bonheur qui m’attendait chez les elfes grâce à l’abus de ces facultés de druide que cet amoureux de la nature me proscrivait si farouchement.


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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 26 Mar à 15:39

Citation :
CDG : Je n'ai plus de critique, plus personne ne lis mes textes sur aucun forum et je n'ai aucun commentaire de mes amis ... ... bien triste situation pour un rêveur qui aspire devenir auteur.

Mais si, mais si. Mais je me rappelais pas que tu avais posté la suite... Embarassed Désolée, désolée. Pourtant je surveillais.... POur la peine je m'y attele sur le champ....

Citation :
terres fertiles pour y abriter ces quelques oiseux dont que j’observai voltiger au-dessus de cette demeure branchue

"... QQ oiseaux dont j'observai...."

Citation :
cette luxuriante forêt ne m’incitait qu’à la parcourir à pas de course, de dévaler les sentiers

Là je mettrait plutôt : "à dévaler les sentiers" pour rester sur la même tonalité...

Citation :
une rustique bicoque qui semblait avoir éjectée du sol même.

"... Qui semblait avoir été éjectée..."

Citation :
semblable un peu à ma tunique à la différence que la sienne se constituait de peaux de bêtes

Met une virgule après tunique, ce qui permettra de faire une pause dans cette phrase longue....

Citation :
Tous deux dîmes, d'un synchronisme involontaire :

"Tous deux dignes...." Non ?? Parce que sur mon dico "dîme" est un impôt versé à l'église, et n'a pas d'autre définition. C'est pour ça que je trouve ce mot bizarre dans cette phrase....

Citation :
J'enlève la vie qu'aux créatures indignes de l'avoir reçu

"Je n'enlève la vie..."

Citation :
Tu n'as qu'à viser du regard une cible et pointant ton bâton dans la même direction

"...cible en pointant...."

Citation :
mais tu ne peux guère créer bestioles autres qu'une petite horde d'insectes

"... créer de bestioles...."

Citation :
ces outils requis à toute vis en forêt

VIE

Citation :
Cette plante est splendide, je te le concède, mais elle trop dangereuse

"... Mais elle est trop dangereuse."

Citation :
Je le regardai dans les yeux et lui mentis de laisser cette plante à l'abandon dans la forêt

Là je mettrais plutôt : " et lui promis de laisser...". Ca fait vraiment bizarre sinon.

Citation :
mais ces deux années m'eurent échappé et je ne pouvais les rattraper

Là je mettrais : "Ces deux années m'avaient échappées..."

Citation :
tenter de dormir dans les tous aussi intolérables ronflements

Là il faudrait reformuler. Ca fait vraiment une phrase bizarre. Mais je ne peux t'aider car je sèche un peu sur cette reformulation. Sinon :
"Les ronflements du druide m'empêchant de trouver refuge chez Morphée, je dus avoir recours à un sortilège...." Enfin tu vois...
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 26 Mar à 18:15

excited1 excited1 excited1 Une critique !!!!! Et voilà, les fautes sont corrigées !

Merci beaucoup ! Mr.Red Ça me remonte vraiment le moral !


Citation :
Citation :
Tous deux dîmes, d'un synchronisme involontaire :

"Tous deux dignes...." Non ?? Parce que sur mon dico "dîme" est un impôt versé à l'église, et n'a pas d'autre définition. C'est pour ça que je trouve ce mot bizarre dans cette phrase....

dîmes => verbe dire au passé simple, 1ere personne du pluriel, mais j'avoue, ça sonne un peu étrange. Déclarâmes est peut-être plus clair.

Toujours aussi efficaces tes critiques Angel, je t'en remercie. Je dois trouver une autre façon de me lire parce que c'est abérrant ces fautes que je commets ! hos1 Je connais peut-être un peu trop mon texte. Content que tu me soulignes pareilles erreurs ! Very Happy

La chapitre 7 est prêt, mais je crois que je vais tenter de me relire avant de le poster eusa1. Il sera probablement en deux parties, vu qu'il fait au-dessus de 20 pages...


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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 26 Mar à 18:31

I'm Sorry !!! hos1 J'avais pas compris dans ce sens. Remarque j'ai peu-être mal lu car j'étais au tel à ce moment là avec une charmante dame qui pour la énième fois m'a annoncé que j'avais gagné un lot de tournevis, si je vais dans un super nouveau magasin qui vient d'ouvrir à perpette.... Forcément, j'irais pas les chercher.....

Par contre il me tarde le chapitre 7.....


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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 26 Mar à 18:34

hi hi... pas grave cette erreur de compréhension ! Difficile de se concentrer sur deux choses à la fois... Au moins, ça me montre certaines ambiguités de mon texte.
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Azariah
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Lun 26 Mar à 18:50

relis toi pour nous envoyer la suite au lieu de flooder TireLaLangue
(maintenant que je me rend compte, j'ai bien fait d'enchaîner, c'est vraiment sadique de faire patienter des lecteurs... cassemur )
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Dim 8 Avr à 18:12

Désolé pour le retard du chapitre 7... je devais au moins le relire un minimum avant de la poster. Vu qu'il est très long ( 20 pages ), je vais le poster en deux parties. Désolé encore si je dois couper dans les descriptions pour en réduire un peu la taille. Bonne lecture ! study

Chapitre 7
Légendaire début


Je m'éveillai, avec les mêmes ronflements secouant frénétiquement mes pauvres petits tympans. Je m'évadai de l'humidité de cette grotte pour retrouver ce bon vieux soleil dissimulé sous les feuillages de la mère forêt. Udrelth m'apprit beaucoup de choses et je lui devais une incommensurable reconnaissance, mais la vie d'ermite provoquait en mon esprit plus de répugnance que d'intérêt. Si la stupidité de ce druide lui eut interdit de connaître la gloire et les honneurs que pouvaient lui apporter ses talents, moi, pour ma part, j'allais exploiter ses enseignements comme bon me semblait, les mettant au service de ma nouvelle patrie pour en gravir les échelons. Jamais je n'eus réussi, ne serait-ce qu'un moment, à entièrement comprendre ce niais. Mes yeux croisèrent pour une dernière fois la caverne qui me servit d'abri pendant deux ans et je marchai d'un pas décisif au large, n'éprouvant que la joie de mon départ.

Je rejoignis rapidement quelqu'un qui me manqua durant ces si longs jours : mon équipement de chevalier. Je reconnus immédiatement ma marque sur le corps de ce gigantesque arbre et je creusai à ses pieds dans la terre dure et sèche pour retrouver mon trésor. Je m'empressai de revêtir mes armures qui avaient perdu en partie leurs éclats originels, abordant une ternissure subtilement désolante. Cependant, je n’enfilai point ma tunique aux couleurs de Celtaiy, ne voulant point afficher les armoiries d’un autre royaume pour ainsi m’intégrer avec aisance dans les rangs elfiques. Je la conservai dans mes bagages, ce tissu pouvant me servir de bonne couverture ou d’un précieux survêtement en périodes de froid. Cette fois-ci, l'espace duquel ma cotte de mailles me faisait part à l'origine avait disparu, me serrant légèrement le torse. La lourdeur de la chose dut me sortir de la tête, ce qui me causa une certaine surprise. Malgré toutes les leçons d'Udrelth m'ordonnant de renier mon passé pour ne faire qu'un avec la nature, je continuai l’exercice primordial d'un conseil donné par Krob :

- « Le combat est source de votre force et de ne pas combattre pendant de longues périodes peut causer la perte de votre puissance. Vous vous devez de toujours être actif, même s'il n'y a pas lieu de combat. Seuls les muscles utilisés intensément tous les jours gagneront et conserveront force, les autres la perdront. »

Je respectai ses ordres. Je m’entraînai à soulever de lourde pierre, à courir dans les sentiers jusqu’à l’épuisement total, bref, à bouger pour conserver cette vigueur si ardemment acquise. Ce n'était pas parce que je devins aussi druide que je me devais de ressembler à la seule personne que je connaissais exerçant le même métier. Udrelth était doté d'une grandeur considérable, mais, vu qu'il comptait trop sur les forces de la nature pour accomplir ses tâches, il perdit la sienne, communiquant sa faiblesse par la minceur de ces membres. Dans mon cas, je ne permis pas uniquement l'expansion de la mère Forêt, mais aussi celle de mon corps. Mes bras prirent enfin une circonférence un peu plus acceptable ainsi que la puissance accrue qui se devait de l'accompagner… comme l’ensemble de ma musculature d’ailleurs. Nulle raison ne me portait à envier Seirk à présent. Je repris contact avec mon épée, cette chère alliée que cruellement je ne pus utiliser pendant ces deux ans. Je tentai d'effectuer quelques mouvements de routine avec celle-ci, mais cette tragique séparation ruina cette dextérité que j’eus acquise tout au long de mes leçons épiques : mes gestes furent plutôt disgracieux et maladroits. Le temps me redonnerait le talent que je gagnai si ardemment au cours de ma jeunesse, retrouvant au fil des jours cette agilité à manier le glaive qui faisait la vanité de tout chevalier. Doté de cette force physique qui me manqua lors de mes plus jeunes jours, je tenais maintenant cette épée dignement, sans lui détériorer son affûtage en l’usant sur le sol comme jadis je le fis. Je ne laissai point attendre mon destin encore longtemps, l’aventure m'appelait, impatient d’utiliser cette arme chérie à bon escient.

Passant devant une moyenne étendue d'eau stagnante, je m’arrêtai pour y contempler mon reflet. Mon abondante chevelure et cette longue barbe qui me cachaient le cou ne me permirent point de me reconnaître sur le coup. Incroyable de voir comment cette pilosité pouvait modifier l'apparence physique d'une personne ! Je n'appréciais point cette vision de moi-même. Une vieillesse précoce ainsi qu'une sympathie évitable planaient en mon visage, ne me conférant guère ces allures de guerrier puissant auxquelles je désirais tant ressembler. J’accomplis ce que j’aurais dû faire il y a des lustres: je sortis mon étroite dague et je taillai à la racine tout poil recouvrant ma figure. Ce ne fut pas en absence de douleur, ma maladresse donna naissance à plusieurs petites coupures sur ma délicate peau qui ne fut guère habituée à pareille routine. Je me regardai à nouveau dans l'eau. Un différent portrait apparut. Cette opération me départit de l'apparence de l'âge qui n'était point le mien, mais je gardai encore de désagréables traits. Ces longs cheveux bruns créaient un masque de gentillesse, d'artiste de la cour ou de troubadour que je considérai comme une féminité contrariante à mes intentions. Je recréai le massacre pour exterminer ces poils me cachant crâne et oreilles. Le résultat me renversa, la métamorphose se compléta. Je pus revoir mes fines oreilles pointues et retrouver des airs plus austères, plus sérieux convenant mieux à l'image du fougueux combattant. Tant qu'à me trouver devant une étendue d'eau calme, j'en profitai pour y faire trempette. Quelle expérience vivifiante ! [...]Certes, je n’acquis certitude que d’une chose : Udrelth ne pouvait point me reconnaître sans faire appel à ma distinction élinscique.

Le tracé décrit par le parchemin d'Heleyn me guida en cette vaste forêt. [...] Alors que je cheminais la tête penchée sur le jet de lumière provenant de mon morceau de papyrus, ce dernier disparut subitement, m'indiquant l'arrivée à ma destination. Je relevai les yeux et y aperçus le village elfique d'Eths. Ce domaine dissimulé sous le dense couvert de verdure ne nécessitait guère protections, sa localisation étant déjà assez difficile à découvrir. [...] Étonnement, je ne vis point de fortifications, de hautes murailles édifiées dans les reliefs escarpés. Je levai les yeux et remarquai leurs défenses dans les hauteurs des plus feuillus titans. Autour des solides troncs furent érigées de petites habitations, des entrepôts où l’on stockait flèches et autres projectiles. Chacune de ces tourelles était reliée à d’autres par de tremblants ponts de cordages que seule la dextérité du pas elfique pouvait franchir à si vives allures. Sans relâche ils s’entraînaient, effectuant le trajet à la course, se postant pour tenter d’atteindre de lointaines cibles disparates accrochées sur les verdoyants géants. Définitivement, je croyais bien me plaire en cet endroit !

Tranquillement, en explorant la cité, je m’initiai à leurs mœurs. Une quantité minime d'elfes se soustrayaient de la guerre de leur plein gré, citant des arguments malheureusement trop congruents à ceux d'Udrelth. Quelque chose me choqua sur le coup, quelque chose qui semblait inacceptable pour ma réalité : les gens vivaient en couple. J’assimilai difficilement à ma logique cette vision de relation entre les sexes. Ici, les hommes et les femmes partageaient le même pied d'égalité et témoignaient leur amour par la procréation. À Celtaiy, cet acte était plutôt un devoir, voire même une corvée que la dame se devait d'accomplir à tout chevalier voulant perpétuer sa lignée personnelle. Eths abritait des familles unies où le père, la mère et les enfants habitaient tous sous un seul toit. La religion régnait de façon beaucoup plus modeste et modérée. Tous vénéraient Ofreyl, illustre dieu de la nature, de la forêt et de la vie en général, mais à sa manière. La subsistance en ces terres ne nécessitait l'assistance de personne. La nature produisait elle-même toutes ressources à proximité. Une fraction des frontières d’Eths longeaient le pourtour d'une plaine de petite taille désignée à l'agriculture et l'élevage expliquant pourquoi nulle disette n’eut jamais ravagé la cité. Seule une criante pénurie de métaux tenaillait certaines activités militaires, conférant à toute pièce métallique une valeur monétaire exagérée. Je trouvai ce mode de vie étrange, mais non déplaisant.

Je marchai en ces lieux, l'observant sous différents angles sous le couvert des immenses arbres centenaires. Je fis abstraction de regarder devant moi alors que j'avançai et heurtai de plein fouet un de mes nouveaux congénères. Nous nous relevâmes, en plaçant quelques mots, lui en premier.

-« Faites gaffe où vous mettez pied ! Me dit-il dans sa langue forestière.

- Désolé, pas trop blessé ?

- Bien sûr que non ! ... Qui êtes-vous ? Jamais je ne vous ai vu auparavant !

- C'est certain ! Je ne suis pas né ici. Les humains enlevèrent ma mère et je naquis dans le cachot, lorsqu'elle s’unit avec un autre elfe qui devint mon père. [...] Je me suis échappé et je suis revenu vivre sur ma terre d'origine.

- Connaissez-vous les lieux ?

- Nullement. » Lui répondis-je sèchement.
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Dim 8 Avr à 18:12

L'elfe arrêta le dialogue et me regarda de la tête au pied. Je le laissai agir sans intervenir, mais je trouvai ce comportement un peu hors du commun. Après quelques moments, il reprit la discussion.

- « Hum... Vous portez un assez bel équipement … en métal ! Où l'avez-vous eu ?

- Simple ! Je l'ai volé à un humain avant de partir. Il est bien beau, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de m'en servir.

- Vous devriez entrer dans l'armée ! Dit-il inutilement

- J'aimerais bien, mais je viens d'arriver, je ne sais rien encore par rapport aux légions !

- Venez, je vais vous montrer. »

Enfin, cette superficielle discussion tourna vers quelque chose de plus concret, de plus attrayant pour moi : la guerre.

- « Depuis combien de temps êtes-vous ici ?

- Bof, même pas un jour.

- Avez-vous eu le temps de connaître le fonctionnement de la cité ?

- Un peu, mais pas en totalité. » Dis-je désappointé.

Je ne voulais pas laisser perdurer cette futile conversation baignant dans les mensonges improvisés de mon cru ! Mon unique désir était de faire partie de la prochaine troupe de combattants. Idiot, cesse de me poser ces ineptes questions ! Montre-moi plutôt l'armée, va directement au but ! Comme certains possédaient cet agaçant talent de nous exaspérer !

Finalement, il me mena au lieu tant recherché. Je le remerciai et il me largua devant un petit édifice. Il en était temps. L'impatiente dont je faisais preuve se palpait dans ma façon de parler. Me faire languir alors que mon rêve se réaliserait sous peu était chose qui usait toute gentillesse. Je pénétrai en cet édifice de législation et n'y vis qu'un vieillard penché à l'écriture d'épais registres. Les elfes vivaient peut-être dans la nature, mais, comme dans toute société, il y avait de ces érudits prônant les bienfaits d'une lourde et intarissable bureaucratie. L'étrangeté leva la tête, me défigura et entreprit une autre séance dialectique vétilleuse.

-« Qui a-t-il ? Dit-il d'une voix désagréable. Ne voyez-vous donc pas que je suis occupé ?

- On m'a dit de venir ici, car je veux...

-... entrer dans l'armée, je sais. Tout le monde vient ici presque uniquement pour ça. Bon, remplissez ce formulaire pour que l'on puisse vous identifier. Si vous voulez être de la prochaine troupe qui ira en bataille, écrivez A suivi du chiffre 7. Je crois qu'ils partiront dans deux jours. »

Je haïssais ces démarches de législation. N'y avait-il rien de plus inutile ? Je saisis la plume que ce parasite me tendit et je recouvris ce formulaire des mêmes salades que j'eus communiquées à l'autre énergumène précédemment. La langue elfique s’avérait un peu plus complexe à écrire qu'à parler. Je redonnai avec empressement au bureaucrate le document. Il s'étonna de quelque chose et m'interpella, avec son regard toujours aussi louche.

-« Vous avez écrit en commentaire que vous avez été dhruid !

- Oui, druide.

- Ha ! Je ne sais pas si vous le savez, mais vous êtes un sale illettré ! Ça ne s'écrit pas comme cela druide... Intéressant.[...] Vous savez, rares sont les druides à entrer dans l'armée. Ils prônent tous que la guerre est un acte contre nature et ils se désistent rapidement. Généralement, ils sont entrés ici de force et quittent ensuite la légion pour vivre en ermite.

- Oui je sais, j'en ai... »

Je m'interrompis avant de trop en révéler. J'étais encore pour en dire trop long. L'absurdité classa mon formulaire dans la bibliothèque et me reparla.

-« Vous êtes déjà armé, vous n’avez donc pas besoin d'aller chercher un équipement aux forges. Par contre, allez rencontrer le chef de la légion A7… et dites-lui que vous êtes druide.

- Et où est-il ?

- Il faut tout vous dire ! Rétorqua le déchet. C'est simple, il doit être à l'ouest de la ville à pratiquer ses soldats. Vous le reconnaîtrez, il n’en fait aucun doute.

- D'accord.

- Attendez, jeune insolent ! Je dois vous donner un papier confirmant votre inscription et votre adhésion à la troupe A7 ! »

L'erreur griffonna quelques inscriptions indéchiffrables sur un parchemin et me le remit. Je saisis ce papier et me dirigeai vers l'ouest, suivant le soleil qui se terrait derrière l’horizon. N’ayant point de fourreau pour ranger mon épée, je détournai mes pas vers les forges pour m’en procurer un. J'atteignis ensuite ledit lieu. J'y vis plusieurs combattants s'exercer. Les elfes possédaient sans contredit des armes plus rudimentaires que les miennes. Leur équipement se constituait plutôt de bois ou de matériaux à l'état brut. Seules les épées et pointes de flèches se composaient de métal, substance plus difficile à trouver dans le centre de la forêt. Un seul des guerriers revêtait une armure métallique foncée. Pas de doute, il s’agissait sûrement du chef de la troupe. Je m'en approchai, lui tendant ce document législatif que je tenais de main ferme. Il cessa de regarder ses soldats à l’œuvre, décroisa ses bras et lit ledit coupon.

-« Ha ! Bienvenue dans l'équipe ! Me dit-il dans une voix lourde et enthousiaste.

- On m'a dit de vous mentionner que j'étais combattant et druide.

- Druide !?! »

Il me regarda avec les sourcils élevés, attendant preuve de mes avancements. Je m'armai, d'une main de mon épée et de l'autre mon bâton. Je lui démontrai aussitôt l’étendue de mes talents. Les ausles l'impressionnèrent royalement. Il porta le même regard et reprit la parole :

-« Sais-tu que les druides guerriers sont rares ? Es-tu ici de ton plein gré ?

- Et comment ! Le combat a toujours été la seule chose qui compta pour moi.

- Je suis content d'entendre cela ! Bienvenue dans l'équipe. Tu sais probablement que nous allons partir au combat dans deux jours. Alors, entraîne-toi avec les autres, tous doivent être au meilleur de leur forme pour vaincre cet ennemi que l’on dit coriace. »

Je m'exerçai à l'épée contre un de ces innombrables elfes. La quantité de ces disciples d'Ofreyl supplantait du double l'effectif humain. Pour une fois, je n'étais pas l'élève faible, l'impotent incapable de livrer un combat moindrement digne. Cette pratique me redonna la confiance dont j'éprouvais la nécessité. Je désarmai mon inconnu confrère à maintes reprises par mes talents inexploités. Ici, mon physique jouait en ma faveur. Peut-être étais-je encore maigrelet pour un humain, mais j’étais de loin un elfe au-dessus de la moyenne. Quelle joie, mon apparence physique concordait avec celle des habitants de la ville et je me fondis avec une ridicule aisance dans la foule, du moins je le crus. Un détail m'échappait : ma taille. Ces elfes mesuraient en moyenne entre deux coudées et demie et trois coudées alors que je dépassais ces êtres d’au moins une demie et quelques poussières. Mes congénères devaient hausser la tête pour apercevoir mon visage au lieu de mon cou. Je semblais m’inscrire parmi les plus forts et les plus costauds de la troupe et cette constatation ne put que satisfaire mes ambitions de supériorité. Ces ofreyliques communiquaient avec la même langue avec laquelle je dialoguai avec le druide, la traduisant dans la mienne par ma sorte de télépathie partielle. [...] Cet endroit caché me charmait grandement et enfin je crus dénicher mon chez-moi, enfin je ne me sentais guère tel un minable combattant.

La lune força le soleil à l’exil pour se parader dans le ciel. Le chef de la troupe, dont j'ignorai toujours le nom, souffla dans une sorte de corne. Toute activité cessa dans la clairière. Les paroles du maître se répandirent dans la muette foule. Le supérieur prononça un bref discours nous ordonnant de retrouver notre précieux sommeil et de revenir à l'aube en ce repère. La fraîcheur de la nuit m'empêcha de profiter pleinement du repos requis, dormant superficiellement sous la tiédeur partielle que m’offrait cette tunique aux couleurs de Celtaiy qui me tint lieu de couverture en plus de mon sac.
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Dim 8 Avr à 18:12

* * *

La journée suivante fut brève et routinière. Elle ne comprit que mes nombreux succès dans les différentes épreuves de formation ainsi que l'épatement qui suscita les applaudissements du maître. [...] Finalement, après plusieurs journées ce qui devait arriver arriva : le jour du départ. Le chef de ma légion rassembla ses troupes, ainsi que toutes les autres dont l'identification incluait un A. Tous cheminèrent d'un pas militaire en direction de la rivière, dans l'indésirable silence. À ma grande surprise, j'y découvris un petit bateau, ayant comme seul usage de transporter les soldats vers Creld. L'étroitesse de cette embarcation concordait avec l'étroitesse d'esprit de ses concepteurs. Tous s'y retrouvèrent entassés sur d'inconfortables sièges ou encore debout, par défaut d'un endroit pour s'asseoir. La troupe A7 réussit à embarquer sur ce navire inapproprié tandis que les autres groupes prirent place dans les vaisseaux suivants. La flotte se laissa porter par le courant ainsi que par les efforts de quelques rameurs.

En route vers le nord de la vallée, une question émergea de mon moi. Où se déversait cette large rivière ? Je jetai un regard à mes voisins et posai cette question à mon collègue de droite. La réponse vint instantanément.

-« La Silhve se jette dans l'Oenphor, qui mène à son tour à Creld. Ça fait plusieurs fois que je fais le voyage. Nous laissons les navires dans une petite baie juste avant le fleuve, car une chute empêche la navigation. Nous débarquons et nous nous rendons à la vallée à pied. Elle est à trois jours de marche environ. »

- Vous avez fait le voyage plusieurs fois ?

- Oui ! Ça doit être ma quatrième expédition.

- Et comment se déroule le combat en général, qui est l'ennemi ?

- Ça dépend. La dernière fois, nous devions vaincre une trop nombreuse horde de gobelins. Leur campement se situait dans le nord de la vallée. Paraît-il que leurs quartiers ont été détruits et qu'une autre meute de créatures menace la forêt, celle que nous devons aller combattre.

- J’entendis rumeurs voulant que le régiment de gobelins a été massacré par ces bêtes inconnues, ajouta un troisième. Cette colonie viendrait du désert ou encore des montagnes, de l’Est.

- À ce qu'on dit, cette horde de monstres saccagerait les abords de Froyb, lança un quatrième soldat. Les troupes déjà sur place ne parviennent à les repousser seules.

- Nous ne débarquerons pas à Creld ?

- Non ! Ces créatures ont traversé ce grand champ de bataille et anéantissent maintenant la forêt ! Écoutez quand je parle, reprit le troisième.

- Peu importe, nous le verrons bien ! »

Mon affirmation eut clos le débat. J'aurais tout de même aimé connaître un peu plus mes premiers adversaires. Peu importe la violence et l’impétuosité de ces inconnus, j’étais plus confiant que jamais, je désirais bien en décimer le plus grand nombre.

Le navire surchargé poursuivit sa route en compagnie du courant de la rivière. Grâce à ma géante taille d’elfe, je pouvais contempler sans troubles le paysage des berges par-dessus la tête des autres soldats. Alors que je divaguais en scrutant les divers tableaux que les bois m'exposaient en boucle, je ne pensai plus à ces bêtes que nous devrions combattre. J'aurais dû y porter davantage réflexion. Notre embarcation s'arrêta sec, à tel point que la majeure partie des passagers n'ayant guère eu endroit pour s'asseoir perdirent équilibre pour rejoindre le plancher. Comme tous ces gens, j'embrassai hors de mon gré la surface crasseuse du pont. Je me relevai, essuyant les contours de mes lèvres pour y effacer le goût peu agréable que cet accident me laissa en bouche. Je regardai de tous côtés pour constater la cause de cette mauvaise surprise. La rivière était bloquée par un de ces trop grands arbres. La nature abordait maintenant des traits de désolation avec tous ces centenaires branchus ayant, comme nous, perdu pied, tous ces lopins de terres présentant les racines de leurs occupants et bien sûr, cette pauvre rivière transportant les décombres du massacre qui survint précédemment. À vrai dire, l’hécatombe ne fut point uniquement végétale… plusieurs animaux des bois gisaient ici et là au travers des débris, exposant souvent leurs entrailles à la vue de tous.

Le chef de la cohorte mit pied à terre, nous gesticulant l'ordre de descendre du navire du bras droit et celui de garder silence du bras gauche, comme si quelques centaines d'elfes débarquant de divers bateaux pouvaient demeurer discrets. Il saisit sa lame, la retirant du fourreau séjournant sur son dos, et se prémunit de son énorme bouclier pour ensuite nous inciter à faire de même. Nous n'avions point atteint notre destination finale, celle que dominaient nos ennemis, que tous les signes indiquaient que ceux-ci se trouvaient à proximité. Un calme lourd appuyé d'un inconfortable mutisme régnait fachistement dans cette ambiance inquiétante. Je m'équipai de mon bouclier, mais hésitai entre le fer et le bois de mes futures offenses. Cette question fut brève : je m’armai comme la masse et dégainai mon épée. Ofreyl nous offrit sa clémence pour retrouver les coupables de la destruction de son domaine en nous évitant toutes embûches dans notre quête alors que nous cheminâmes en ces lieux, silencieux de parole et bruyant de notre démarche.

Le chef elfique arrêta sèchement devant nous, tendant l'oreille. Tous cessèrent tous gestes et imitèrent leur supérieur. Je n'entendis rien. Les autres se regardèrent avec de drôles d'airs, des airs variant de l'inquiétude jusqu'à la joie, passant par la fébrilité. Je ne comprenais point ce qui se produire. Malgré tout, je n'obtins que l'apparence elfique, sans acquérir leur fine ouïe enviable par tout peuple. La marche reprit en direction de ces supposés bruits. L'ambiance commençait à me peser, un silence de mort et d’effroi précédant le carnage nous abandonnant dans le doute et la terreur. Soudain, j'entendis les fameux sons, ces grognements rugissants de par delà les murs feuillus. Un craquement alarma la légion, la dispersant en deux fronts à une vitesse alarmante. Un de mes collègues, avec lequel j'eus causé sur la rivière, me saisit le bras et m'entraîna dans sa trajectoire pour finalement choir sur le sol. Un de ces arbres centenaires s’écroula par terre en écrasant les plus inattentifs. Certains furent aussitôt réduits en une abjecte bouillie alors que d’autres suppliaient qu’on les déloge de ce poids cyclopéen qui leur broya les os et qui encore les affligeait. Mon frère d’armes m’évita d’être pulvérisé par ce titanesque branchu. Je le regardai, incapable de prononcer toute parole en le remerciant comme je le pouvais par mon regard paniqué.

Derrière le tronc se révéla enfin l'adversaire, dans toute sa menace et son immensité meurtrière. Il s'agissait d'une étrange créature, écailleuse, imposante de par sa taille qui conservait tout de même une silhouette assez élancée. Cette bête me dépassait de plusieurs têtes, de plusieurs corps à vrai dire… me surpassant d'au moins cinq longueurs. Ce genre de reptile se tenait sans trouble sur ses pattes inférieures, sa posture étant balancée par l'avant. Le vert, sous toutes ses teintes, se fusionnait avec différentes nuances de brun tout le long de sa peau, entraînant par moment le jaune et le noir dans leur valse. Au premier regard, je crus que ce monstre était dépourvu d’armes, je constatai rapidement mon erreur. Son arsenal de combat fut greffé à même sa carcasse. Deux engins émergeaient de ses avant-bras, pointus et pointant vers l'arrière, calquant le principe des faux. Ces lames constituées de métal et d'écailles se dressaient droitement, solidement attachées à la bête… probablement clouées directement aux os à en juger ces plaies béantes qui entouraient la racine de chacune de ces conceptions démentielles. Ses jambes étaient dotées de pareils objets, mariant la polyvalence de la posture de la bête et le potentiel offensif. Alors que je repris mes esprits, je vis le véritable danger avec lequel cette entité nous menaçait : sa queue. Une longue, très longue, trop longue queue épaisse et écailleuse munie elle aussi de ces armes implantées aux chairs. Le monstre se pencha, observant notre légion séparée en poussant un cri décoiffant, attaquant aussitôt de sa terrifiante queue la surface d'un autre innocent arbre qui cette fois-ci tomba dans une direction qui n’estropia aucun de mes congénères.

[la suite viendra sous peu ... suffit de laisser un commentaire !]
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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mar 10 Avr à 22:01

Citation :
L'impatiente dont je faisais preuve se palpait dans ma façon de parler

L'impatience.....

Citation :
Je ne comprenais point ce qui se produire

... ce qui se produisait, se produisit....

Je vois pas trop ce que tu veux dire là....


Bon tu fais des progrès..... Je fais moins de corrections... JeSors
J'adore... Vivement la suite.....Ne nous fais pas autant languir...
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mar 17 Avr à 0:29

Merci beaucoup de tes commentaires Angel ! Mr.Red Effectivement, une relecture un peu plus sérieuse aide à enrayer les fautes ... pour la suite, je vais tenter de la mettre le plsu tôt possible, mais ave les exams et les gros projets de fin de session, je suis un peu à court de temps. Je tenterai de poster la suite au plus tôt...
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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mar 17 Avr à 16:57

Merci, mais prend ton temps.... Mieux vaut que ce soit long et bien corrigé que court et baclé.... Bon courage pour les exams et le reste....
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mer 18 Avr à 4:21

He hop, la voici la suite ! Je l'ai relu en même temps que les parties précédentes, je ne manquais que de temps pour la rajouter. Bonne lecture !
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La bataille débuta en notre désavantage, toujours sous le choc de l'effet de surprise. Les troupes répliquèrent paniquées, optant pour le chaos stratégique en se laissant dominer encore par la stupeur. La désorganisation des soldats devint à ce point aberrante que les choses ne purent que mal tourner. Comme si la bête n'était point déjà assez avantagée, ses semblables la rejoignirent, communiquant par de courts et distincts rugissements dans ce langage inconnu et musical. La première monstruosité fit ses premières victimes, divisant littéralement le corps de quelques guerriers en deux grâce au tranchant de son effroyable queue en éjectant quelques autres au passage, au loin. Le sang gicla pour en asperger leurs confrères alors que les cadavres tombèrent au sol pour être piétinés aussitôt par ces géants. J'observai un elfe téméraire s'agripper à ce fouet destructeur, se terrant sous les lames de l’atrocité et rampant sur les écailles. Ce soldat était courageux, mais idiot : il tenta de blesser la titanesque abomination à l'aide de son épée... de bois, une simple et imbécile lame de bois recouverte d’une mince lisière métallique et affûtée. L’arme se fracassa au contact de la dure surface écailleuse. La bête tourna la tête vers ce picotement qui l'agaçait, dévisageant l’imprudent d'un regard colérique traversant ses yeux vides, tout en rugissant et ainsi montrer ses nombreuses dents dont ses excessives incisives inférieures. Le reptile agita vivement la queue pour se départir de ce parasite. L’elfique ne lâcha point prise, s’accrochant acharnement au corps de son hôte. Ses forces l’abandonnèrent rapidement. Il fut violemment projeté et atterrit comme les autres au loin en se rompant les os. Sous le choc, je restai bouche béante face à cette adversaire coriace qui s’avéra être le premier que je dus combattre en carrière. Jamais je ne pus croire que je devais guerroyer pareil titan dès la première bataille à laquelle je participai.

Le nombre d’elfes supplantait grandement celui de ces brutes, mais ce nombre ne pouvait suffire si personne n’arrivait les blesser, ne serait-se que légèrement. Comment des épées de bois pouvaient-elles transpercer cette rigide carapace ? Je ne pouvais m’imaginer que certains soldats vinrent ici avec des armes aussi inefficaces. Pourquoi ce combattant ne s’arma-t-il pas adéquatement ? Ignorait-il que ses tentatives ne puissent que se porter aussi vaines ? Heureusement que la majeure partie des miliciens s’équipèrent convenablement ! Cependant, des armures de bois ne pouvaient résister à ces mortels tranchants… En observant mes collègues, je compris par la suite que ceux pourvus d’aussi grotesques lames occupaient le poste de tireurs d’élite. Ces derniers se planquèrent dans les fougères pour marteler les monstruosités de leurs projectiles aiguisés sans meurtrir gravement l’opposant. Le désespoir et la folie les poussèrent à commettre pareille audace, tentant d’user d’un insignifiant glaive pour accomplir ce que ne pouvait faire l’arc. Malgré leurs efforts à bombarder l’ennemi, son épaisse carapace écailleuse ne permettait guère aux flèches de la transpercer. Certains visèrent œil et gueule et réussirent leurs objectifs. Les bêtes se tortillèrent en tous sens en voyant leurs facultés affaiblies, mais nul point vital ne put être ainsi atteint par les archers. Elles se brisaient à la surface de ces écailles que de peine elles pouvaient écorcher. Une pénurie de métal sévissait sur Eths depuis longtemps et avec tel handicap … la bataille risquait de ne pas être gagnée de si tôt.

Je me devais d'arrêter de réfléchir et commencer à agir. Moi, contrairement à ces stupides elfes, je fus décemment équipé et protégé. Je me portai à l'attaque. Alors qu'un de ces affreux reptiles s’efforça de m'exterminer par le biais de sa queue, comme l'abruti précédent je m'attachai aux écailles de l'horreur en évitant de justesse ces mortelles lames. Je me plaçai entre celles-ci, restant le plus près possible de la bête. Je saisis mon arme, la positionnai et l'insérai sous une de ces énormes écailles. Je soulevai ensuite mon épée pour finalement extraire cette plaque. La chair du monstre tomba enfin à ma portée. Je m'agrippai de la main gauche à sa peau et de la droite, je plantai mon épieu dans le plus profond de ses muscles. J'éprouvai cependant plus de difficultés à la retirer qu'à l'enfoncer… J'entendis l'hôte rugir, agitant aussitôt la queue, violemment, tentant de se défaire de ma présence. Je demeurai à ma position, malgré tout, malgré les efforts terrassant mes bras par de vives souffrances et ce sang qui giclait de tous sens en obstruant ma vision. Ma prise céda après l'acharnement de la bête. Je m’envolai, retombant brutalement sur le sol à une vitesse folle. Je roulai quelque peu pour terminer gentiment ma course dans un fourré de fougères. Accablé par la douleur de mon rude atterrissage, je pris temps à me relever. Je me redressai, péniblement, aveuglé par cette rage à vouloir exterminer cette abomination qui me causa si profondes injures.

Je ne lâchai point cette bête, elle ne s'était pas encore débarrassée de moi. Je me reportai à l'attaque. Le monstre, affligé de par mes actes, frétilla en tous sens, heurtant quelques autres au passage jusqu'à ce que cette sale queue s'immobilise. Les tranchants se coincèrent dans l'écorce d'un arbre, à mon grand bonheur. Alors que la créature se démenait pour se déprendre, je sautai sur l'occasion pour la ré-escalader, atteignant la racine de cet appendice infernal avant qu'elle retrouve sa liberté d'action. Je refis le même cirque pour ouvrir à nouveau ses vaisseaux sanguins transportant cet obscur sang étonnamment visqueux. Le géant ne pouvait plus contrôler moindrement la douleur. J'entendis la pauvre rugir de plus belle, communiquant à ses semblables par ce langage incompréhensible. Elle dut faire appel à l'aide probablement. Pendant que je poursuivais difficilement mon ascension vers la tête, une autre de ces brutes me saisit dans ces griffes. Par chance, mon armure de plus grande qualité me protégeait. Une simple armure de bois improvisée n'aurait pu suffire à conserver ma vie. L'allié brisa mes protections, les mailles de ma cotte tombant une à une au sol. Au moins, je ne mourus point ! M’ayant sous son étreinte, il approcha sa faux de son autre bras. Je me débattis, de démenai, voyant cette lame affûtée s’avancer dangereusement de mon corps à découvert. Je parvins à sortir mon bâton de druide et je récitai une incantation en maniant mon sceptre convenablement. De grâce, faites que je puisse immobiliser les reptiles par les ausles ! Pourquoi n’avais-je point pensé à utiliser la magie ? Par miracle, le forçat se figea sous la force de mes liens. Au bout d’acharnements, je me dépris de son emprise. Je poursuivis alors l'exécution de sorts divers, générant des branchages pour finalement atteindre la tête de la bête.

Rendu, je constatai que d'autres de ses semblables se dirigeaient vers moi, la solidarité de cet abominable peuple étant forte et perceptible. Je n’avais guère le temps de lui crever les yeux, je devais m’occuper de ses comparses. J'élevai mon sceptre, gardant équilibre sur le crâne du monstre. Le moment semblait magique, se gravant dans l'histoire elfique. Je lançai des solides branchages à la poursuite des reptiles pur les rendre captif et les paralysé par de puissante constriction végétales. Les ausles percutèrent et emprisonnèrent la terrifiante cohorte. Je me crispai sous l'effort que cette intervention me demandait, je sentais mon énergie sortir de moi, prenant la forme de mes désirs meurtriers. Ces géants tombèrent maintenant à la merci de la multitude d'épines qui les trucidaient. Par la suite, je facilitai la tâche de mes confrères. Je répétai les mêmes opérations pour leur permettre d'atteindre le point faible de ces titans reptiliens. Toute cette magie comportait un prix : mon abus vida mes réserves d'énergie, me plongeant dans une fatigue considérable. Je rassemblai mes dernières forces pour abattre la bête sur laquelle je me fus tant acharné. Je m'approchai de sa gorge, gravissant l'escalier branchu de ma création. Je ré-exécutai les mêmes manœuvres, déracinant l'écailleuse couche protectrice protégeant son cou. Aussitôt, j’enfonçai de toutes mes forces mon épée, brutalement, sèchement, ciselant les muscles de l’abomination, ouvrant ses si nombreuses veines et veinules. Mon épieu pénétra trop aisément dans son corps, délivrant le coup de grâce qui mit fin à son règne de terreur. Le monstre poussa un dernier cri avant de choir sur le sol, basculant vers la droite en m'entraînant dans sa chute. Le sommeil qui m'appelait me fit rejoindre le reptile à la terre ferme, amerrissant dans l'épaisse flaque de sang de ma victime. Je ne pouvais plus combattre, terrassé par les conséquences de mes abus psychiques. Je rampai péniblement hors de cette mare pourprée et je succombai à mes besoins. Je fermai les yeux et tout devint obscur.

* * *


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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mer 18 Avr à 4:22

-« Réveille-toi ! »

Cette voix familière me ramena à l'univers conscient. J'ouvris les yeux, tournai sur tous les sens dans la confusion de l'éveil pour apercevoir la source de ces paroles. Je reconnus immédiatement un de ces elfes avec qui je causai sur le bateau. Je lui affichai un chétif sourire, proportionnel à mes forces du moment. Il continua :

-« Est-ce que ça va ?

-... »

Je ne pus que lui refaire le même sourire, basculant minimalement la tête vers l'avant et l'arrière. Je poursuivis mes rotations pour finalement atterrir sur le ventre et me relever, aidé par un des habitants feuillus de Froyb… néanmoins ce qu'il en restait. J'avais l'impression d'être sur des terres instables, avec tous les paysages défilant inégalement et rapidement devant mes yeux presque clos. Je subissais les pires vertiges et d’incessants étourdissements et je ne pouvais me tenir droitement. Mon compagnon de travail reparti de plus belle, visiblement insatisfait de mes timides réponses.

-« Tu te portes bien ? Tu en es sûr ? En tout cas, ton aide était nécessaire et elle porta fruit. Tous ces reptiles trépassèrent, exterminés par les troupes. Je crois que tout le monde t'est … he … vous est reconnaissant.

- ils... ils sont tous... vraiment tous... mort ?

- OUI ! Je viens de le dire, et c'est grâce à vous ! Vous nous avez permis d'accomplir ce qui semblait impossible : vaincre tous ces géants en un seul jour !

- Parfait... !

- Vous vous êtes trop donnés je crois ! Est-ce que c'est la magie qui vous fatigua comme cela ? Avez-vous été mordu, empoisonné, frappé à la tête, meurtri de la sorte ?

- Non... c'est juste que je crois que j'ai abusé de la magie... et que mes forces sont affaiblies. Ça... ça devrait revenir sous peu… du moins … je l’espère.

- Vous me rassurez ! Le chef désire vous voir, je crois qu'il veut vous donner les honneurs que vous méritez !

-... J'y... J'y vais, mais … s'il te plaît, viens... viens avec moi. Je suis un peu étourdi. »

Durant la route, je pus contempler mon oeuvre. De croiser du regard tous ces gigantesques corps étendus, sans vie, ne pouvait que me rendre fier. Tous ces monstres furent vaincus par mon intervention. Udrelth mordrait son étoffe à voir à quel escient j’usai de sa magie et ses principes stupides. Les lieux changèrent grandement : le sang fluant hors de tous ces cadavres titanesques inondait le terrain, soulevant feuilles mortes et branches cassées dans son léger mouvement, transportant les bras fracturés des innocents centenaires ayant subi la foudre de ces brutes. Plusieurs troncs fracassés par les monstrueuses queues s'élevaient, toujours aussi rigide même si leurs hauts furent irrégulièrement détachés. Le relief de cette terre de confrontation ainsi que les innombrables écots juchés au sol empêchaient tous ces fluides de s'écouler, formant ainsi un lac putride et stagnant où la mort pourrait reprendre vie en y cultivant maladies, infections et contaminations sous ce couvert épineux, frappant encore les êtres s'approchant de ce lac macabre pour les ajouter à son entité. Malgré le fait que je créai une horreur, j'en étais fier. Tous ces décès ne pouvaient qu'accroître mon honneur, comment pouvais-je ne pas en faire ma fierté ? Je ne donnai pas de titre à mon oeuvre morbide, laissant au temps la tâche de lui en assigner digne de la sanglante bataille.

Je me rendis à mon supérieur en titubant, aidé de ce collègue inconnu en évitant avec peine les nombreux obstacles que j'eus érigés. Je tentai le plus possible d'esquiver les ausles, mais ne réussis point toujours. Je me heurtai à leurs douloureuses épines qui écorchèrent ma peau à maintes reprises. Sur le chemin, mes forces reprirent lentement domicile en moi, me permettant de regagner une respiration moins saccadée et une démarche s'améliorant sur mon trajet. Je profitai de l'occasion pour poser une question à mon compagnon, une question primordiale :

-« He... depuis tantôt que tu m'aides et que tu me parles... j'aimerais connaître ton nom.

- C'est vrai, nous parlons depuis un bon moment et j'ai oublié de me présenter ! Je m'appelle Okren. Et toi ?

- Moi c'est...

- Ha ! La voilà cette excellente nouvelle recrue ! Me coupa le chef. Je suis content de te revoir ! Hirg... tu sembles assez... comment dire... blessé, vidé, affaibli ? Peu importe, grâce à toi, nous avons pu nous débarrasser de ces reptiles et je veux t'honorer. On ne peut parler de pareil accomplissement sans donner à son auteur la reconnaissance qui lui est due ! Tu es bien le premier druide avoir combattu une armée de son plein gré. Que dirais-tu de diriger une troupe, d’avoir une cohorte à tes ordres ?

- Hein ? Ha ! J’accepte volontiers, mais… je dois avouer que je n’ai que l’envie de dormir pour le moment. Pourrez-vous m’en reparler quand j’aurai regagné ma lucidité… et mon énergie ?

- Oui, certainement, mais tu vas continuer de combattre ?

- Oui, bien sûr.

- Parfait ! »

Le chef s'adressa à la foule, me tenant le bras droit, vantant mes mérites, la grandeur de mon accomplissement et affirmant que je fus la cause du succès de cette bataille. Il s'écria, d'un ton lourd et fier :

-« Elfes, je suis fier de vous présenter... he... »

Le chef me regarda et me chuchota du coin de la bouche l'inévitable question.

-« Quel est ton nom ?

- Errythos.

- Je suis fier de vous présenter celui qui causa notre victoire et que je viens de nommer dirigeant de troupe : Errythos ! » Annonça-t-il en me levant le bras.

La foule me lança une chaleureuse ovation. J'étais si fier et content, mon exil me rapporta enfin la gloire. Jamais je n'aurais obtenu ces honneurs en restant avec les humains. J’eus pris la plus judicieuse décision. Après un moment, les clameurs cessèrent et je retrouvai Okren, camouflé derrière un restant de tronc. Alors que le chef ordonnait le retour à la ville, j'en profitai pour demander un petit service à mon ami.

-« Okren, maintenant que nous avons fait connaissance, puis-je te demander service, même si cela semble étrange ?

- he... tout dépend du service.

- Vu que je n'ai guère assez de force, pourrais-tu arracher les dents du reptile que j'ai tué, celui là-bas, près d'où j'étais ?

- he... oui, sans trouble, mais … pourquoi ?

- En guise de trophée.

- D'accord... sans problème. Je peux bien répondre aux désirs du héros du jour ! » Répondit-il enthousiasme.
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mer 18 Avr à 4:22

Okren exécuta ma demande même si je sais qu'il trouvait cela plutôt déplacé. Il eut de la difficulté à déloger les incisives surdimensionnées. Il extirpa le trésor dentaire en entier, transportant le tout dans ses bras. Aussitôt mon souhait exaucé, nous repartîmes tous deux vers les trop petits navires. Je laissai derrière moi le paysage de désolation qui faisait tant ma fierté avec mon premier trophée en main alors que le reste des elfes récoltait la ferraille, les armes tranchantes de nos damnés adversaires. Les elfes développèrent le sens de la récupération et ces temps passés en forêt où maintes choses vinrent à manquer leur permirent d’être de brillants débrouillards dotés d’un sens de l’ingénierie enviable par plusieurs peuples. Ils recueillirent comme ils le purent leurs flèches et toutes autres pièces de métal pour les mener à bord et les acheminer aux forges pour leur redonner vie. Nul métal ne se gaspillait, tout était refondu et renouvelé.

Le trajet reprit sur la calme rivière, certains soldats profitant de ce calme pour ramer sans difficulté à contre-courant vers leur lieu de résidence. Le courant s'inclinait devant les efforts des rameurs, favorisant ainsi une avancé d'une rapidité appréciable grâce à laquelle nous pûmes regagner notre patrie, he... leur patrie devenue mienne, avant le lever du soleil. En route, le chef me pria de le rejoindre dans sa petite cabine, seul endroit insaturé d’hommes de guerre entassés. Je me frayai un chemin dans la marée elfique avec résistance pour retrouver mon supérieur. J'entrai dans la restreinte pièce, courbé par ma grandeur excessive d’elfe pour finalement prendre un moment de répit sur une étroite chaise. Il ferma la porte, délicatement, et commença à me parler en cheminant de bâbord à tribord, les yeux fixant divers objets de la chambrette en échappant chaque fois à mon regard qui se désolait de voir l’état de ma cotte de mailles délabrée, cette bénédiction chevaleresque en ces contrées où le métal s’avérait si rare.

-« Je suis stupéfait, tu nous permis de vaincre cette armée de reptile en un temps record. Si tu savais à quel point nos luttes contre ces bêtes furent ardues dans le passé ! Plusieurs hommes y perdirent la vie et cette bataille ne semblait pas vouloir se terminer. Je ne peux pas croire que la mission qui devait durer une trentaine de jours n'en dura qu'une seule avec ta magie. Veux-tu me dire où tu te cachais durant tout ce temps ? Où pareille bénédiction se terrait ? » dit-il narquois.

Évidemment, l’inévitable question dont tous me bombardaient, dont tout le monde désirait tant en connaître la réponse. « Ce druide nous a permis de gagner facilement, mais d'où vient-il ? » Pourquoi cette masse elfique ne se contentait-elle pas de contempler mon accomplissement sans fouiller dans les recoins de ma vie privée, cherchant à savoir les causes de mon incroyable don pour la sorcellerie et de mes talents d'élite ? Je me résignai à lui raconter le même conte que je me bornais à réciter machinalement à tous ces curieux.

-« Je viens de Celtaiy, mes parents étaient des prisonniers elfiques et je suis né en prison, je n'avais jamais vu la forêt. J'ai quitté cette ville et je suis venu en forêt, terre de mes ancêtres.

- D'accord, mais où as-tu appris comment commander la nature ?

- J'ai vécu en ermite dans la forêt, voyageant en nomade jusqu'à ce que je trouve la civilisation. Cela me prit du temps et j'ai commencé à exploiter mes talents quand je me suis aperçu de mes affinités à manier la nature.

- Honnêtement, je commence à croire que tu es un envoyé d'Ofreyl, un cadeau du ciel. Tu sais que ton talent nous permettrait peut-être de gagner la guerre ? Dit-il en me regardant enfin.

- D'abord, je ne suis pas l'envoyé de personne, je suis ni prophète, devin, semi-dieu ou avatar et deuxièmement, oui j'ai des pouvoirs, mais ils ont une limite. Chaque fois que j'utilise la magie, je sens ma force se perdre et mon énergie diminuer. Je suis flatté que vous croyez en mon potentiel, mais ne comptez pas uniquement sur mes talents de druide pour mettre fin à vos conflits! Ne me mettez guère cette inutile pression sur les épaules. Je suis heureux que vous croyiez en moi, mais je dois vous ramener aux limites du possible.

- Justement, toi qui viens de loin, depuis combien de jours es-tu arrivé dans notre village ?

- Bof, même pas un quartier lunaire, dis-je hésitant.

- Où dors-tu ? Où vis-tu ?

- Je trouve refuge sous ce que je trouve, je dors à la belle étoile. Je me suis habitué, là sont les beautés de la vie de nomade. Mon grand sac, dans lequel je transporte tout mon matériel, me sert souvent d'abri et une vieille tunique en guise de couverture. Les nuits sont quand même fraîches parfois. Dis-je nonchalamment.

- Pour te récompenser, ne t'inquiète pas, nous allons te construire au moins une petite maison, un petit chez toi. Je crois que tout le monde t'est reconnaissant et c'est le moins que nous puissions faire ! Laisser un guerrier de ta trempe dormir sous les intempéries ne serait pas digne du peuple elfique !

- Je pourrais me construire cette maison seul, c'était un de mes projets. Mentis-je

- Non, j'insiste, tu as besoin de te reposer, tu es fatigué, ton épuisement paraît dans le son de ta voix.

- D'accord, si vous insistez ! » Terminais-je ravi de voir ces services que l’on allait me rendre, mettant fin à cette fausse modestie.

Alors que je me levai, me heurtant la tête au trop bas plafond en lâchant quelques injures avant de mettre la main sur la poignée quasi inopérante, le chef m'interpella à nouveau.

-« Attention à ta tête quand tu te lèves !

- Ha, merci du conseil, une chance que vous prenez peine de m'avertir, sinon je me cognerais la tête sans cesse ! Répliquais-je d'un sarcasme qui fit grimacer mon supérieur.

- Arrête de rire de moi, ce n'est pas de ça dont je voulais te parler. Tu me quittes avant que j’aie fini de te questionner ! Si tu as été captif des humains, tu dois les connaître un peu, non ?

- Disons que j'ai un peu eu l'occasion de les observer. Que pouvais-je faire d’autre pour tuer le temps entre les murs de ma cellule ?

- Dis-moi ce que tu connais sur eux, car tu sais, plus notre savoir est vaste sur l’ennemi, plus grandes sont nos chances de le vaincre !

- Pourquoi tu, he... vous dites cela ? Allons-nous les combattre sous peu ?

- Peut-être. »

Je repris siège sur le mobilier inconvenant à mes dimensions pour lui parler de cette société que je détestais tant. Le chef m'écoutait, s'étonnant de certaines mœurs dont la place des femmes dans cette culture ainsi que les façons d'assurer la subsistance des troupes. Lorsqu'il commentait mes propos, ses paroles pénétraient dans une oreille pour en ressortir aussitôt, rebondissant sur mes cavités auditives. Combattre contre les humains ! Je ne savais pas trop quoi en penser. La joie de l'idée de me venger se diluait dans mes craintes de devoir affronter Krob. Faire taire à jamais mon cet admirable colosse qui me tint lieu de maître était bien plus improbable que d’être cible de sa consternante force. Même si je méprisais cette société qui me rejeta froidement, lutter contre ma précédente patrie revoyait l'image du traître en moi.

Depuis quand me tracassais-je de la pensée des autres à mon sujet ? Je trahirais ces arrogants chevaliers, point à la ligne. Pourquoi devrais-je me préoccuper de la chance de confronter mes anciens comparses ? Je réfléchissais trop. La lourdeur de mes paupières me poussa à la récupération de mes énergies, ronflant sans gêne devant l'officier alors que celui-ci s'écoutait parler, rabaissant Celtaiy et cherchant à comprendre comment une société pouvait en arriver là, à pareille bassesse.
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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Mer 18 Avr à 21:54

Citation :
La désorganisation des soldats devint à ce point aberrante que les choses ne purent que mal tourner

Là je mettrais une virgule pour insister sur le fait que ca tourne mal :
"La désorganisation des soldats devint à ce point aberrante, que les choses ne purent que mal tourner"


Citation :
ses premières victimes, divisant littéralement le corps de quelques guerriers en deux grâce au tranchant de son effroyable queue en éjectant quelques autres au passage, au loin

Là aussi une virgule serait la bienvenue. Lis ta phrase à haute voix en marquant la ponctuation, tu comprendras....
"ses premières victimes, divisant littéralement le corps de quelques guerriers en deux,ici grâce au tranchant de son effroyable queue,ou ici à toi de voir.... en éjectant quelques autres au passage, au loin"


Citation :
s’accrochant acharnement au corps de son hôte

"s'accrochant de manière acharnée", "de façon acharnée"... Sinon ça fait vraiment bizarre...


Citation :
si personne n’arrivait les blesser

"n'arrivait à les blesser..."


Citation :
Heureusement que la majeure partie des miliciens s’équipèrent convenablement

Là je mettrais un autre temps : "des miliciens étaient équipés convenablement". C'est mon avis, mais je trouve que ça sied mieux...


Citation :
Je me débattis, de démenai, voyant cette lame affûtée s’avancer dangereusement de mon corps à découvert

"Je me débattis, me démenai...."


Citation :
Au bout d’acharnements, je me dépris de son emprise

Ne dit-on pas "à force d'acharnements..."? Il me semble mais c'est à vérifier.


Citation :
à la poursuite des reptiles pur les rendre captif et les paralysé par de puissante constriction végétales

"...des reptiles pour les rendre..."



Désolée, mais la fatigue diminuant mes facultées de réflexions, je continuerais plus tard....Mais merci d'avoir posté si vite la suite.... fleur1



Voilà je continue :


Citation :
Tu es bien le premier druide avoir combattu une armée de son plein gré

"...druide à avoir...."


Citation :
- D'accord... sans problème. Je peux bien répondre aux désirs du héros du jour ! » Répondit-il enthousiasme

"....répondit-il enthousiste."
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Angel
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Ven 20 Avr à 11:37

Citation :
Évidemment, l’inévitable question dont tous me bombardaient, dont tout le monde désirait tant en connaître la réponse

Là tu fais deux fois la répétition du mot "dont" : " dont tous me bombardaient, dont tout le..." Ca fait un peu lourd....Il te faut trouver une autre formulation pour éviter ça.
puis aussi : "tant en connaitre la réponse" >> "tant connaitre la réponse", tout simplement....


Citation :
-« Je viens de Celtaiy, mes parents étaient des prisonniers elfiques et je suis né en prison, je n'avais jamais vu la forêt. J'ai quitté cette ville et je suis venu en forêt, terre de mes ancêtres.

Idem pour là. Deux fois le mot forêt.... "je suis venu ici, terre....", sinon faut trouver un synonyme de forêt....


Citation :
Je suis flatté que vous croyez en mon potentiel

"... que vous croyiez..." Non ?


Citation :
Ne me mettez guère cette inutile pression sur les épaules

"Ne me mettez pas cette inutile...." Ca allègerais la phrase.


Citation :
Faire taire à jamais mon cet admirable colosse qui me tint lieu de maître était bien plus improbable que d’être cible de sa consternante force

"Faire taire à jamais cet admirable...."


Citation :
lutter contre ma précédente patrie revoyait l'image du traître en moi

"...renvoyait l'image..." Serait plus juste


Citation :
Je trahirais ces arrogants chevaliers, point à la ligne.

Ca ne serait pas mieux d'user du passé ici, et dire qu'il a déjà trahit les chevaliers au lieu de dire qu'il va les trahir, puisque c'est déjà fait ?




Voilà, j'espère que ces petites corrections vont t'aider à avancer.... Mais s'il te plait, vite la suite.... Wink
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Jeu 2 Aoû à 23:58

Désolé si là suite tarda à arriver eusa1 . Là voici. bonne lecture study

Chapitre 8
Comme un chevalier

-« Hé ! Écoute lorsque je te parle !

- Quoi ? Explosais-je à mon chef, me tirant de mon sommeil.

- Tu ronflais devant moi, sous mes yeux ! Lève-toi, Eths est maintenant près.

- Je pourrai enfin y dormir … en paix. » Répliquais-je

Pour une seconde fois, le chef m'interpella alors que mes doigts frôlèrent le mécanisme rustique et désuet de ce qui fut jadis une poignée de porte.

-« Je tiens à te remercier pour ces informations que tu m'as fournies sur tes ravisseurs.

- Quel rav... ha ! Celtaiy. Ce n'est rien.

- Je te promets que la prochaine fois que je te réveillerai, se sera pour te présenter ta nouvelle demeure.

- J'espère que ma grandeur sera prise en compte lors de la construction !

- Oui, il est vrai que ta taille est démesurée, tu es un vrai géant ! Comment pus-tu obtenir cette taille colossale ?

- Aucune idée. La nature me choya, tout simplement. »

Ce que j’eus fait pour être si grand : je ne n’avais point naquis elfique, voilà tout. En cette taille surnaturelle se trouvait peut-être la raison pour laquelle il présumait que je descendais d'Ofreyl, que je découlais de la lignée de ce divin ou quelque chose du genre. Pour un humain, ma taille ne causait guère scandale, s’avérant possiblement un peu au-dessus de la majorité, mais je constituais une aberration elfique en ce point. Après avoir livré une bataille féroce à la poignée de porte qui ne voulait point m’obéir, je pus retrouver l'extérieur. Je ne sais pas pourquoi, mais toujours j’eus cette fâcheuse impression d’éprouver difficultés avec les portes, peu importe où et pour quelles circonstances.

[…]

Eths, enfin. Le chef eut la brillante idée de faire usage de sa corne, désagréable au plus au point, pour rappeler ses hommes et femmes sous son commandement, les retirant de leur convalescence énergétique. Le chaos reprit, comme sur le champ de bataille, les combattants s’examinant tous d'un air bestial et semi-éveillé, n'ayant point connaissance de ce qui se passait. Tous les occupants du navire débarquèrent, lentement, devant se plier à la vitesse voulue par la petite passerelle reliant ce nid d'humidité et de sueur à la terre de notre destination. Cette lenteur causa inévitablement l'impatiente et la grogne des soldats exténués, désirant encore que l’insupportable cor du commandant soit plongé dans le plus profond de sa gorge.

Je retrouvai mon bon vieux sac, mon unique compagnon de voyage caché dans un buisson, se fondant dans la tapisserie dessinée par Ofreyl. Je m'étendis sur le parterre de cette forêt qui me tenait domicile pour une des dernières fois, substituée par une maison, selon les promesses qu’on m’énonça. […] Vu que j'eus amplement l'occasion de somnoler sur le navire, l'éveil pris un peu plus de temps pour disparaître, devant mener une chaude croisade à mes interrogations bloquant sa fuite. Finalement, je fermai l’œil et m’envolai dans le rêve, dormant tels ces grands gamins que j’observai sur le pont du vaisseau avec tant d’amusement.

* * *

-« Bon, as-tu repris tes forces ? Rares sont les fois que je ne te surprends pas en plein cœur d’une sieste !

- Hein !? Quoi !? Qu'est-ce qu'... !?

- Je viens seulement te livrer ton trophée de chasse. Il saura décorer ta nouvelle maison, lui donner une touche de morbidité à la gloire de ta vaillance au combat. Lança Okren d’un ton narquois

- Ils en ont déjà terminé la construction ! M’exclamais-je, surpris de la vitesse de l’exécution.

- Non, c'est plutôt toi qui sommeilles un peu trop longtemps. Comment ne pas effectuer pareille opération rapidement avec une vingtaine de personnes dévouées à l’œuvre pour accélérer l’accomplissement du projet ?

- Puis-je aller la voir ?

- Bien sûr, ils m'envoyèrent pour t'en avertir d’ailleurs. »

Je me pliai avec joie aux ordres d'Okren pour admirer enfin cette habitation qui m'était destinée. Je fus touché par ce signe de reconnaissance construit par ma troupe sous les ordres de mon chef. Heureusement, ce dernier m'écoutait davantage que je ne l'écoutais et les dimensions de ma maison respectaient mon surdimensionnement elfique. Cette petite hutte rustique ne comportait qu'une pièce, mais une vaste et simple chambre. Les murs portaient les charmes de la nature, sous ses aspects crus et à la fois raffinés, mis en valeur par des agencements réfléchis. Mais qui donc, parmi ses soldats, était doté d’un sens aussi aiguisé de l'esthétique ? Deux poutrelles supportaient le centre de ma demeure, composée comme les autres de bois, de feuillages et de pierre. Les ouvriers s'inspirèrent de la charpente des habitations adjacentes et disposèrent intelligemment des matériaux primaires. Je visitai attentivement la pièce, scrutant d'un regard fasciné et débordant d'émotions l'excellent travail accompli par ces soldats. Je me retournai vers eux, cherchant à les remercier, néanmoins essayer de les remercier.

-« Je suis... vraiment... c'est... j'en ne peux le... mais... comment vous... »

Cette gaucherie dialectique se conclut rapidement, démontrant ma reconnaissance de façon plus gestuelle, commençant par enlacer le contremaître de mon nouveau chez moi pour ensuite poursuivre avec les autres partenaires, éprouvant malaises à quelques occasions devant mes remerciement ou encore du fait que parfois je devais me plier ou même m'agenouiller pour procéder. Après ses étreintes de gratitude, les mots me revinrent, pouvant enfin témoigner verbalement les sentiments de joie inqualifiables qui ne cherchaient qu'à se manifester. L'équipe se dispersa tranquillement tandis que j'insistai pour qu'Okren reste avec moi pour célébrer ce moment un ami. Mes quelques bagages s’étalèrent sur les diverses surfaces disponibles de la place alors que j’accrochai fièrement les terrifiantes incisives de ce reptile que j’assassinai au-dessus de mon lit. Il manquait cependant quelque chose pour que la célébration prenne son véritable sens, quelque chose comme un festin. Évidemment, la nourriture ne poussait pas ou ne vivait pas à même les murs de la maison, quoiqu’un petit panier de fruits reposait dans un coin sombre de l'appartement. Sous les appels de mon estomac qui criait famine depuis belle lurette, je départis rapidement ce présent d’osier de son contenu, croquant dans les pommes à pleine dent pendant que mon invité se sidéra à constater la vitesse fulgurante avec laquelle un si menu boisseau pouvait être engloutis.

Suite à cette collation que je ne partageai point, Okren et moi partîmes à la trappe, à la recherche de tout animal qui pourrait s'apprêter à la cuisson. La chasse fut une activité que je n'eus point la fréquente occasion d’effectuer sous la tutelle du druide qui me fit office de maître, cet illuminé se contentant de plantes, légumes ou autres choses de ce genre. […] Certes, je chassai si peu souvent en cette longue période qu’à constater mes aberrantes manœuvres, je crus bien qu’il s’agissait de la première fois que je pratiquais pareil sport…

Discrétion et subtilité : voilà deux choses que je ne possédais point et qui s’avéraient primordiales pour tout bon trappeur. Okren semblait désespéré à me voir aller, regardant mes maladresses avec un petit sourire en coin. Personne ne me montra les rudiments de cet art de la discrétion qu'était la chasse et ces deux ans passés avec Udrelth justifièrent l’oubli du peu que j’eus acquis sur le sujet. Définitivement, le titre de chasseur émérite ne pouvait me qualifier… chaque fois que je m'approchais d'un animal possiblement savoureux, une branche cassante sous mes pieds, n'ayant rien de mieux à faire que de laisser monter la colère en moi ou encore le son de ma lame frictionnant la surface du fourreau, alertait ma cible pour lui permettre de prendre le large. Okren commenta alors mes démarches.

-« Éprouverais-tu problèmes avec les techniques de chasse ?

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Se peut-il que tu n'aies jamais chassé ?

- Ha ! Mon petit devin toi ! Lançais-je d'un ton moqueur.

- Connais-tu l’utilité d’un arc ?

- Oui, mais je veux te voir me le montrer, au cas ou je serais plus crétin que je ne le pense. Tu le sais, jamais je ne fus très habile avec les flèches »
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Jeu 2 Aoû à 23:58

Okren sortit alors son arc, saisissant une flèche de son carquois au passage, et se plaça en position. Son projectile fendit l'air pour terminer son voyage dans le corps d'un petit oiseau qui tomba aussitôt au sol.

-« Voilà. De la perdrix, ça te convient comme repas ?

- Pas tout à fait, je vais te montrer que moi aussi, même si je suis plus que mauvais à manier l’arc, je peux ramener du gibier comme tout elfe. »

Un soldat qui eut décimé une troupe de reptiles titanesques et qui ne parvenait à tuer un petit animal des bois, voilà bien un humiliant comble. Heureusement que mes disgracieuses prouesses ne purent être admirées que par mon ami. Encore une fois, la magie s’improvisa comme solution. Je rangeai mon épée et ressaisis mon fidèle sceptre, abordant un visage semblable à celui des horribles géants écailleux que je vis il y a quelques jours. L'incantation du silence vint à mes lèvres automatiquement, articulant chaque syllabe machinalement telle une de ces prières que les moines récitaient à l’aurore. Dans ce silence total, mes déplacements gagnèrent en discrétion. Je dus la répéter à maintes reprises avant de revoir un autre gibier. Je la rabâchai une dernière fois, j’avançai rapidement, ressortant mon glaive en route et infligeai un coup sec à l'arrière de la bête qui perdit l'équilibre, s'effondrant sur ces pattes de derrière. Le seconde offense fut la bonne : portée au cou de ce petit, très jeune et ravissant cerf avant qu'il n'ait le temps de se relever pour fuir. Je pris alors ma proie sur mes épaules et retournai vers Okren. Celui-ci discutait avec une inconnue. Je reparlai à mon compagnon.

-« Et puis, tu as maintenant preuve de mes talents de chasseur ! Dis-je avec une ridicule fierté. »

- Voleur ! Lança l'étrangère. Je suivais ce cerf depuis fort longtemps !

- Et après ?

- Peu importe, ajouta Okren, tu connais l'art de chasser à l'ancestrale ! Faire appel à la magie, tu es sans doute le premier à le faire !

- Il faut bien commencer à quelque part !

- Donnez-moi ce cerf, il est à moi ! Continua la fatigante brunette. La preuve, une de mes flèches est logée dans le haut d'une de ses pattes arrière. »

Je remis le cerf au sol et constatai la véracité des dires de la dame. Je proposai alors une solution, histoire de faire bonne impression à cette séduisante demoiselle.

- « Regardez, si bon vous semble, pour résoudre cette impasse, venez manger chez moi et je vous ferai don du reste de la petite bête avant que la viande ne perde sa fraîcheur.

- D'accord, mais je vais aller chercher mon amerl. Nous irons tous deux manger chez vous.

- Ma maison, c'est celle...

- Qui est plus haute que les autres et donc la construction se termina aujourd'hui, me coupa-t-elle, je le sais, je l'ai bâtie avec les autres de la troupe. Ni vous ni elle n'êtes difficiles à manquer, vous êtes plus grand que tout autre. Je vais vous rejoindre sous peu.

- Parfait, je m’occuperai de ramener notre prise chez moi. » Lui dis-je avant de la perdre de vue.

Cette assez jeune femme paraissait fort désagréable, mais son attitude ne me déplaisait guère. Elle ne se gênait point pour parler, elle ne me craignait guère contrairement à certaines autres redoutant ma grandeur et mon imposante stature, néanmoins pour un elfe. Sa silhouette était impeccable, celle d'une guerrière que le combat modela allégrement, possédant une taille assez fine sans pour autant sombrer dans la cachexie, mais dotée d'un minimum de musculature loin de celle frêle des parangons de l'élégance féminine des princesses de la royauté de Celtaiy. Bref, son caractère allait de parfaite paire avec son corps et je l'aimais, la foudre me frappa à cette vision. Pour une des premières fois, je rencontrai quelqu'un avec qui je désirais poursuivre ma vie, avec qui je souhaitais perpétrer ma lignée. Elle me marqua dès les premiers instants et elle se montra digne de porter ma semence.

La soirée se déroula fort agréablement. Son "amerl" ne cessait point de dire que c'était un honneur de partager repas avec moi, que mon intervention faite sous peu prouvait mon héroïsme inégalé, ce qui flatta mon ego. J'écoutais attentivement toute parole sortant de la bouche de cette ravissante elfe qu'était Aupheylhi. Je découvris que derrière les premières impressions que j’eus d’elle se cachait une elfe respectable, douce et attentionnée. Durant cette réception improvisée, Okren ne plaça mot, dévorant gloutonnement son assiette alors que je réservai à cette viande le même sort que connurent les pommes qui la précédèrent. Lorsque la nuit tomba et que les invités partirent, Aupheylhi continuait à habiter mes pensées. Je respirai à grands coups pour m’enivrer de sa faible odeur qui flottait encore dans la pièce. Je rêvai à elle, à sa parfaire physionomie. Son splendide minois hantait mon esprit, sa poitrine ne me donnaient qu’envie d’y plonger mon vilain nez et m’en distraire en caressant le reste de ces galbes, me rassasier en elle et lui conférer l’honneur d’enfanter le successeur du titanesque héros elfique. Après avoir calmé mes membres des pulsions qu’elle éveilla en moi, je sombrai dans le sommeil, dénudant la belle dans le monde des ivres fantaisies nocturnes.

* * *

Trois ans passèrent, filèrent sous mes yeux à la vitesse de l'éclair. Le temps défilait devant moi de façon irrégulière, forçant alors à la jeunesse et les dernières traces de mon enfance à s'éclipser, fuir à tout jamais mon corps et mon esprit pour laisser place à la maturité. Ma croissance termina finalement, m'abandonnant à une longueur de main sous les quatre coudées. J'eus enfin atteint le physique de l'homme, la finalité de mon évolution physionomique. En vérité, ce n'était pas tout à fait la physionomie d'un homme que je voyais dans le reflet des eaux calmes, mais plutôt celui de l'hybride avec l'emprunt constant des caractéristiques elfiques me permettant de conserver mes oreilles pointues et mon teint particulier qui oscillait entre la terre cuite et le verdâtre, bref, les couleurs de la forêt.

Durant ces trois ans, les escarmouches se succédèrent contre diverses créatures, divers peuples, tous se démarquant par leur absence à ma connaissance et me surprenant par leurs armes, leurs apparences et leur taille. Chacun de ces clans brandissait une nouvelle menace pour les honneurs d'Ofreyl et représentant une autre occasion pour les miens de prendre leur expansion. Toutes ses cohortes ennemies durent accepter une amère défaite précipitée par mes interventions magiques que j'eus contrôlées avec plus grande expérience et sagesse qu'à mes débuts. Mes talents de druide ne monopolisèrent guère mes manœuvres au combat, donnant la possibilité à l'armée elfique d'admirer le virtuose de l'épée qui roupillait en moi ainsi que mes aptitudes à gouverner ma troupe, à élaborer ces maintes stratégies militaires qui sonnèrent le glas de tant de confrontations desquelles nous ressortîmes toujours triomphant. Tous ces affrontements me fournirent la chance de réaliser un rêve : user du glaive à Creld. Guerroyer quiconque en ces terres était signe de l'accomplissement : Je combattis sur le fameux champ de bataille, dans la vallée symbole même des croisades. Enfin, je devins un puissant guerrier que tous louangeaient.

Mon splendide équipement, ayant appartenu à l'arrogant Seirk, ne pouvait plus contenir mon corps … d’autant plus que ma cotte de mailles fut réduite en pièces. Ni moi ni le propriétaire originel de ses protections ne pouvions conserver pareil physique à 15 ans et à 20 ans. Avec tous les honneurs que j'eus accumulés, ainsi qu'une certaine somme d'argent, je fus en mesure d'exiger à un forgeron excellant dans son domaine de récréer une armure digne de ma nouvelle taille et de ma nouvelle image. Même si Celtaiy gisait dans les fonds de ma mémoire, j'admirais toujours immodérément Krob. Je voulus alors une armure semblable à la sienne : démesurée et excessive, comportant en elle un arsenal complet d'armes et débordant de façon de faire souffrir mes adversaires. Elle mariait défense et offense, causant douleurs et regrets à tout masochiste téméraire assez insolent pour oser m'attaquer. […] Mon armement varia aussi. Je troquai mon épée contre une lame doublement puissante et me permettant d’occire avec plus de brutalité et d’efficacité, substituant le glaive comme arme de prédilection. J’optai pour une hache que l’on forgea à l’image de l’armure qui l’accompagnait en duo, une large hache à double tranchant ornée en son centre d’un crâne argenté, laissant émaner de sa gueule le long manche de fer sur lequel s’incrustaient quelques pointes éparses. Posée au sol, cette nouvelle compagne de combat m’arrivait à hauteur du cœur. Elle devint ma fidèle alliée, celle avec laquelle je remportai cet impressionnant nombre de victoires qui étaient miennes. Mon sceptre restait toujours prêt de moi, mais j'appris à m'en servir davantage, utilisant parfois un amas, un entrecroisement massif d'ausles comme une arme contondante. J’imitai mon héros : j'exposai divers crânes ou ossements de mes victimes dans ma maison, véritable musée de la guerre à l’honneur de ces massacres qui bâtirent ma renommée.

J'étais si fier de moi, toutes ces victoires me conférèrent vraiment le titre de légende. Maintenant, cette croyance par laquelle j’atterris en sauveur en ces terres selon la volonté d’Ofreyl se répandit dans tout Eths et tous se rallièrent à ces suppositions du chef. La rumeur courait d'une résidence à l'autre dans la cité. Ma taille confirmait ces spéculations, m’inscrivant dans l’histoire elfique comme le plus soldat que jamais ils ne connurent. D'après ce qu'on m'eut dit, jamais un elfe n'atteignit pareille hauteur, raison pour laquelle certaines personnes commencèrent même à me craindre, considérant mes proportions comme monstrueuses. Cette monstruosité n’aidait guère à se faire des amis, mais oh combien utile pour obtenir respect ! Certes, ma puissance s’accrut au fil des combats, se développant davantage pour me prodiguer cette fougue que toujours je voulus acquérir. Mes coups de hache gagnèrent en véhémence, mon simple nom évoquant l’effroi au sein de certains peuples. Je devins un honorable combattant qui s’insurgea chez les ofreyliques pour y graver sa marque.

Depuis que le chef m'eut annoncé que peut-être une bataille contre les troupes humaines surviendrait. Cela ne se produisit point durant ces trois ans, jusqu'à ce jour fatidique où un éclaireur remarqua la présence d’humains à la sortie de Froyb, où la Silhve qui traversait Eths rejoignait l'Oenphor. Mon supérieur me convoqua aussitôt.

-« Errythos, ta troupe devra observer ce qui se passe à la bordure de la forêt. Vous partirez demain, à l'aube. Si jamais la situation est alarmante, envoie un de tes elfes comme messager pour demander renforts. Je pourrai alors t'envoyer d'autres soldats, le nombre dépendant de la gravité de la situation. »

Ce chef, ce petit chef ayant si peu d’accomplissement à son actif... le déloger n’aurait guère été ardu, pareille chose pour devenir le commandant non seulement d'une troupe, mais de l'armée au complet. Cependant, je désirais par-dessus tout combattre et non de gouverner les légions, ce travail m'éloignant du champ de bataille. Pour continuer dans cette vocation de rêve, je dus me plier à ces contraintes. Une de ces ridiculement étroites embarcations navales eut la charge de me transporter, moi et la trentaine de guerriers sous mes directives. Cette opération militaire fut la première que je dirigeais totalement, sans obéir à quiconque, sauf le chef qui resta à Eths. Je me trouvais seul maître à bord.

Je possédais une redoutable ligne d'attaque sous mes ordres, dont Okren et Aupheylhi. Parfois, je me pinçais : je ne pouvais pas croire qu'une aussi ravissante elfe suivait mon commandement. Durant le long du trajet sous la rivière trop paisible, forçant mes légionnaires à ramer et ainsi gaspiller inutilement leurs forces, je relaxais sur le pont, observant les paysages, recherchant tout signe de la présence humaine, et, du coin de l’œil, je fixais cette alléchante archère obsessive, la dénudant du regard, mais tentant de me concentrer sur les objectifs de ma mission. L’hypothèse d'une relation avec Aupheylhi évoquait de savoureuses pensées en mon esprit, laissant transparaître cet état par l'abrutissement léger de mon sourire. Je désirais appliquer sur elle ce droit de cuissage que possédait tout chevalier, la féconder en profitant de son corps de rêve, mais… à outre contrées différentes coutumes. Pourquoi ce privilège, que dis-je, cette loi ne s’appliquait-elle pas chez les ofreyliques ? La tâche aurait été si simple à Celtaiy …
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Saulz
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MessageSujet: Re: Extraits de mon roman, critiques et impressions demandées   Jeu 2 Aoû à 23:59

Certes, nous repassâmes devant les lieux de ma première bataille, berceau du massacre contre ces géants reptiles alors que la nuit recouvrit le ciel de son épaisse noirceur. Mon attention fut attirée par une lueur, une flamme se déplaçant au loin, au-delà de la zone déboisée il y avait trois ans. J'avertis aussitôt la troupe, l'alarmant de ma découverte. Le navire s'arrêta et mes combattants confirmèrent mes dires. L'ancre fut larguée même s'il s'agissait d'un geste possiblement inutile vu la lâcheté du courant et mes soldats n'ayant point participé à l'avancement de notre véhicule sur cette houleuse route mirent pied à terre, avec moi. Résultat : Je descendis avec dix autres personnes. L'opération ne représentait pas de véritable danger, donc cette pause fut une occasion pour les rameurs de reprendre leurs forces. Les elfes possédaient une vision capable de percer cet épais rideau ténébreux ainsi qu'une ouïe fine leur permettant d'affronter la noirceur et de cheminer sans l'intervention d'une torche. Dans mon cas, une flamme m’aurait été indispensable. Je ne pouvais dire à mes légionnaires que je ne pouvais distinguer quoi que ce soit dans la présente situation. Je laissai alors un guerrier avancer un pas devant moi, partageant la tête de notre file. Pour une des rares fois, je vis que les ausles n’avaient point que des avantages, me heurtant à quelques-unes au passage. Mon imposante armure partielle me dotait de la liberté de mouvement nécessaire pour oeuvrer pleinement donna chance à ces épines d’entailler ma peau en profondeur. Mes bras, par exemple, respirèrent librement, rencontrant l'épineuse surface de ces plantes en les peignant de quelques gouttes de mon sang.

Durant le trajet, Okren ne cessait de se plaindre, de murmurer sa haine envers les lieux dans le creux de mon dos. Ces complaintes, bien que discrètes, me déplaisaient énormément.

-« Je déteste cet endroit puant, nous marchons dans un marais stagnant et visqueux, je n’ai qu’envie de vomir. Répétait-il sans répit

- Tais-toi sale imbécile ! Tu vas nous faire repérer !

- Oui, mais je déteste cet endroit, c'est laid, dangereux...

- Veux-tu que je te fasse taire ? Si j’interviens, plus jamais tu ne pourras dire mot ! Explosais-je

-... »

Enfin, il se tut. Le marais fut traversé. Je pus voir qui détenait la lumière. Je reconnus effectivement un humain, tenant chétivement son flambeau en circulant dans un sentier dont j’ignorais l’existence. Je chuchotai à mon équipe.

-« Restez ici, je vais aller voir l'homme là-bas, je vais tenter d'en retirer de l'information sur la présence humaine dans les parages.

- Tu connais le langage des humains ? » Me lança une voix du derrière du peloton.

Cette interrogation ne trouva pas sa réponse. J'eus négligé que seuls le chef, Okren et un autre elfe que je rencontrai à mon arrivée connaissaient le fait que j'eusse jadis séjourné à Celtaiy. J’usais trop de cette semi-télépathie et du langage elfique que je commençais à comprendre et souvent je l’oubliais.

Je me dirigeai vers la lumière basculée par la brise véhiculant la répugnante odeur de putréfaction du marais. J'avançai lourdement vers l'homme, tenant ma lame de la main droite, n'écartant aucune possibilité. Je rodai autour de cet humain, de cet ancien confrère, longeant le petit sentier qu'il empruntait. Mon pas lourd sur la surface imprévisible du terreau forestier attira son attention. Il n'eut même pas le temps de cligner des yeux que je bondis sur lui, l'attrapant vivement du collet de ma gauche, le soulevant symboliquement au-dessus du sol sablonneux. Pour une première fois, je rencontrai enfin quelqu'un d’une taille s’approchant de la mienne. Je commençai mes menaces.

-« Dis-moi ce que les humains manigancent dans le coin, sinon, ton existence se terminera abruptement. » Dis-je d'une voix grave et impatiente, brandissant ma gigantesque hache du bras droit.

Je vis qu'il ne voulait point se plier à ma volonté, qu'il cherchait plutôt à dégager son épée. Insolent. Il ne savait pas que la plaisanterie n'avait pas sa place dans la gravité du moment. Je lui montrai qui était le chef. Je le propulsai violemment sur le sol, lui faisant perdre l'emprise de sa torche, mis le pied sur le bas de son torse, néanmoins sur son armure partielle, le dépouilla de la protection offerte par son casque avec le bout de mon arme et lui pendit la lame aiguisée de ma hache à ras la pointe de son nez. Je répétai mes propos.

-« Dis-moi ce que les humains fabriquent dans le coin, pourquoi es-tu ici, répétais-je en élevant encore plus la voix, car sinon, ma hache se taillera une place entre tes deux yeux, je ne plaisante pas.

- D'accord, je vais te le dire ! Nous montons un camp de transition dans la bordure de la forêt, un relais entre Creld et Froyb, c'est tout. J'inspectais les lieux. Enchaîna-t-il tremblotant, sa voix terrassée par la peur.

- Parfais, ce n'était guère si difficile de parler ! »

Alors que la panique semblait céder sa place pour le soulagement dans le visage du soldat, je le regardai d'un arrogant sourire, un sourire de maléfice. Il n'eut point le temps de retrouver l’épouvante que je saisis ma hache à deux mains, la levant au-dessus de ma tête et la plantai vivement dans le bas de son front, entaillant son crâne, la vie s'écoulant de cet orifice artificiel en giclant sur le cuir de mes bottes. Pensait-il réellement que je lui que je le relâcherais s'il me répondait ? Je ne pouvais point laisser cette sentinelle rapporter cette rencontre aux autres membres de son escadron. L'effet de surprise s’avérait un élément clé dans toute confrontation militaire, je ne pouvais la perdre. Le pauvre soldat tomba coincé dans un cul-de-sac de la réalité, ne pouvant guère échapper à l'appel irrésistible de la mort.

Je ne pouvais point croire de ce que je commis : je tuai un humain pour la toute première fois, un de mes semblables. Je venais d’éliminer un éclaireur, un chevalier de titre ! Étonnement, je ne sentis point la culpabilité me ronger, bien au contraire… Durant les temps de guerre, tout guerrier se devait de détester son adversaire comme nulle autre chose au monde, cultiver sans cesse cette haine excessive pour ainsi arriver aux fins de tout bon combattant. Cette haine vitriolique éradiquait toute compassion, imperméabilisant l'âme de tout remords, de toutes émotions, permettant l'atteinte ultime de l'insensibilité. Cet innocent homme n'était coupable que d'un crime : celui d'être humain, de ne pas partager la même vision que nous, se définissant automatiquement et involontairement comme ennemi, comme être ne méritant point son existence, s'acquittant à plus courte échéance de sa dette de vie.

Sentant que le reste des elfes contemplaient passivement cette scène à longue distance, respectant mes ordres, je devais faire preuve de mon sang froid, de ma vocation guerrière. Voyant le sang de ma victime maculant ma hache, ruisselant en sa surface pour choir sur le sol, je me laissai monopoliser par les pensées de Krob. Ce guerrier sanguinaire était mon inspiration, mon idole : je désirais uniquement lui ressembler, obtenir le respect de mes congénères par l'admiration de l'héroïsme démentiel que je déferlais sur mes proies lors des combats, comme lui. La colère de ne point avoir fait partie des chevaliers cinq ans auparavant s'additionna comme facteur de motivation à ce délire macabre. Je ne pouvais pas croire que cet indigne fut nommé défendeur de la foi à Celtaiy alors que je fus forcé à l'exil pour pratiquer la profession, alors que c'était moi qui l'eus trucidé, moi, ce minable impuissant et frêle incapable de rejoindre ce poste ! J’eus totalement oublié ces humiliations que je connus à Celtaiy, ces si cruelles immondices qu’on se plu à me faire, ces insultes dont on me bombarda, ces coups de fouet que l’on rabattit sur mon dos rougi… l’assassinat de cet humain rafraîchit tous ces souvenirs de mon ancienne vie, libérant cette haine que j’entretenus si longtemps face à cette humanité qui me rejeta si méchamment, si abjectement. Ils me causèrent tant de torts… ils s’amusèrent tant à m’affliger des pires supplices… cet homme allait bien savourer cette incontrôlable rage qui portait mon sang à ébullition.

Je regardai ma victime étendue sur le chemin, ce sale avorton indigne qui céda sous ma violence, le regard vide, béat, innocent, n’incitant qu’à mépriser davantage cet incapable. Je poursuivis alors la boucherie que j'entrepris sur l'entité reposant sous mon pied, guidé d'un sadisme inné, cette rage de la déception et cette vive envie de prouver ma suprématie sur cet indigne. Je continuai à le défigurer, lui arrachant la mâchoire, crevant ses yeux, bref : me distrayant. Je ne cessai de m’acharner sur lui, par pur plaisir en poursuivant dans le démembrement et la barbarie. Je le départis de ces pièces d’équipement pour exposer à ma vue et à ma lame ses chairs. Son abdomen à découvert, je martelai sa carcasse de mille coups de mon arme, chaque coup porté supplantant le précédent en impétuosité, chaque coup sectionnant ses organes et noyant le sol avec davantage de sang. Je lui bottai le flanc, le retournant sur le dos pour ne laisser aucune fraction de sa peau vierge de ma furie. Ma hache trancha ce qui restait de ces membres en lambeau, déchiquetant chaque fibre encore épargnée. Je continuai à me défouler, découpant son corps en deux, sur le sens de la longueur, éparpillant ses viscères sur le chemin et les dispersant ici et là, au gré de mes fantaisies malsaines. Ma vengeance se poursuivit dans cette décapitation thérapeutique jusqu'à ce que je sois incapable de reconnaître la race originelle de ce cadavre mutilé. Je regardai une dernière fois cet homme ou plutôt les restes de cet homme, essoufflé par la violence de mes actes et je rejoignis ma troupe, saisissant la torche du défunt au passage et reprenant mon souffle sur la route, léchant la goutte de sang qui atterrit sur les rebords de ma lèvre inférieure.
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