J'avais avant d'arrêter d'écrire^^ entamé un projet en prose rythmée. L'absence de contraintes de versification me permet d'aller plus loin dans l'étrange et la schizophrènie, chose impossible en vers rimés. Mais je ne sais vraiment pas si cette "chose" peut avoir un quelconque intérêt en fait.
J'aimerais avoir des avis, même négatifs, même très négatifs sur le petit extrait suivant.
Les brumes jaillissaient
sans fièvres aux naseaux
du jour nouveau.
La chair avait dormi
cernée de pensées sombres
Krise entrouvrant le monde
aux rebords des ses yeux
se jura d’essayer
de revêtir ce jour
sa propre peau humaine.
Elle avança dès lors
les mains ouvertes
sans aversion et prestement
sur trois demeures simples
semblant levées de son sommeil.
Bientôt le premier seuil
d’une ombre fût franchi.
Elle eût esperé clore
par ce geste son crâne
pouvoir enfler d’amour
aux bras de ses semblables
et vivre là toujours
riche de n’être plus
un monstre.
Mais rien n’était ici,
nul homme en cet endroit.
Cruelle faim de plaire
qui la voyait frustrée
précipitée au bord
de la probable chute,
d’un évident échec.
Aucun souffle échangé,
nulle nuque à serrer,
pas un visage enfin
que sa griffe eu pû peindre.
Cet espace éventré
fort oppressant d’absence
n’offrait pour tout détail
qu’un fol essaim d’insectes,
luminescent, peignant
l’exiguïté de l’antre,
tantôt filant, sifflant
perdus en tourbillons
plus tard se rassemblant
aux bas des murs de pierres.
L’odeur avait menti.
Même le prédateur
ici s’y fût trompé
ce même s’il dormait
encore au dedans d’elle.
Krise en fureur, déçue, le geste en flot de rage, crachât, sorti, giflant la foule insecte. De qui se moquait l’aube? Oh, l’être humain ne la méritait pas ! La vie serait plus loin.
Elle entreprit d’ouvrir
une porte semblable
et lourde d’espérance.
Elle eut un bref instant
sur la pupille claire
ce papillon fébrile,
cette incompréhension
cent fois sans doute apprise
de ses victimes. Non.
Non plus, nulle parent
ne l’attendait ici.
La pièce s’entrouvrait
luxueusement vide
en ce monde ordurier.
Se montrait seul un sac
suspendu, saillant là,
dérangeant quelque peu
l’ordre architectural.
De même étrangeté,
une carafe pleine
rougissait à ses yeux
dessous l’étranglement
d’une fenêtre close.
Ainsi de nouveau seule, la visiteuse, indignée, déçue, laissa ruer sa haine au bord de ses mâchoires. Déjà volait en éclats d’eau la fiole. Une arme froide logeant crevait le sac d’où s’épanchait déjà un mélange improbable de poudre pâle et d’humeur sombre. La chose serpentât sur le plancher, évitant comme par peur les pas d’une intruse qui n’était plus ici.
Krise poussa l’espoir
de la dernière bâtisse.
En vain se fût encore
comme deux fois déjà.
Personne à portée d’âme,
bien que se firent entendre
l’écho de quelques voix
quoique orphelines de corps,
s’écoulant murmurantes,
suppliques en chapelets,
entre la soie des airs.
S’en était bien assez. Krise fût déchirure et d’un frisson d’épines hurla sa bile au front de ces fantômes, balayant dans l’instant le dernier de leurs râles.
Elle écrasait du pied le silence au centre de la pièce. Elle échouait de nouveau.
Elle s’était traînée
ici contre nature,
sans nulle soif de sang,
folle, prête à goûter
l’empathie de ses pairs.
Mais elle repartait
honteuse et trahie, les ongles
plus tranchants que jamais.
Elle reprit la route.
Un parfum d’avenir
dans la douceur du ciel
montait amèrement.
Ici le sang des morts
et là se déversait.
Si Krise s’éloignait,
dans la masure unique
qu’elle laissait derrière,
sous ce matin troublé de brumes,
l’atrocité
muette
gisait comme trois corps.
Et l’on pu croire encore, lorsque qu’ils furent trouvés
père, mère et enfant, complets, épars et mutilés
qu’il ne s’agissait pas du fait de bête humaine.
Le père même avant de se défaire
de ses os
avait cru voir surgir en sa demeure
les trombes d’un typhon.
Pour son épouse prostrée ce fûrent des mâchoires
de cerbère ou de saurien
qui lui brisairent les membres
toute autre horreur que ce que l’enfant vît,
lui enserrer la tête
debout sous la fenêtre.